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de la connaissance

saire d’ailleurs en disputant constamment en forme par plusieurs syllogismes mêlés de temps en temps de distinctions, où la meilleure mémoire du monde se doit confondre. Mais on n’a garde de se donner cette peine, de pousser assez les syllogismes en forme et de les enregistrer pour découvrir la vérité quand elle est sans récompense ; et l’on n’en viendrait pas même à bout quand on voudrait, à moins que les distinctions ne soient exclues ou mieux réglées.

Ph. Il est pourtant vrai, comme notre auteur l’observe, que la méthode de l’école ayant été introduite encore dans les conversations hors des écoles, pour fermer ainsi la bouche aux chicaneurs, y a fait un méchant effet. Car, pourvu qu’on ait les idées moyennes, on peut voir la liaison sans le secours des maximes et avant qu’elles aient été produites, et cela suffirait pour des gens sincères et traitables. Mais la méthode des écoles ayant autorisé et encouragé les hommes à s’opposer et à résister à des vérités évidentes jusqu’à ce qu’ils soient réduits à se contredire ou à combattre des principes établis, il ne faut point s’étonner que dans la conversation ordinaire ils n’aient pas honte de faire ce qui est un sujet de gloire et passe pour vertu dans les écoles. L’auteur ajoute que des gens raisonnables répandus dans le reste du monde, qui n’ont pas été corrompus par l’éducation, auront bien de la peine à croire qu’une telle méthode ait jamais été suivie par des personnes qui font profession d’aimer la vérité, et qui passent leur vie à étudier la religion ou la nature. Je n’examinerai point ici, dit-il, combien cette manière d’instruire est propre à détourner l’esprit des jeunes gens de l’amour et d’une recherche sincère de la vérité, ou plutôt à les faire douter s’il y collectivement quelque vérité dans le monde ou du moins qui mérite qu’on s’y attache. Mais ce que je crois fortement, ajoute-t-il, c’est qu’excepté les lieux qui ont admis la philosophie péripatéticienne dans leurs écoles où elle a régné plusieurs siècles sans enseigner à autre chose au monde que l’art de disputer, on n’a regardé nulle part ces maximes comme les fondements des sciences et comme des secours importants pour avancer dans la connaissance des choses.

Th. Votre habile auteur veut que les écoles seules sont portées à former des maximes ; et cependant c’est l’instinct général et très raisonnable du genre humain. Vous le pouvez juger par les proverbes, qui sont en usage chez toutes nations et qui ne sont ordinairement que des maximes dont le public est convenu. Cependant, quand des personnes de jugement prononcent quelque chose qui