Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/98

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chevaliers s’arrêtèrent dans la plaine pour rassembler leurs vassaux, les réunir sous leurs bannières, et les reconduire lentement vers l’étendard du général en chef, autour duquel le corps principal devait s’assembler de nouveau, comme les nuages qui s’approchent du soleil du soir ; comparaison bizarre, mais qui, cependant, n’est pas dénuée de justesse, si l’on songe aux rayons jaunes et éblouissants qui partaient de ces noirs bataillons couverts d’armures bien polies.

Alors la cavalerie normande abandonna la plaine, où il ne resta plus que les cadavres des Gallois massacrés. Peu après, on vit revenir les bandes qui avaient poursuivi l’ennemi à une plus grande distance ; elles chassaient devant elles, ou traînaient à leur suite de malheureux captifs abattus qu’elles avaient épargnés, après avoir assouvi leur soif du sang.

Désirant attirer l’attention de ses libérateurs, Wilkin Flammock fit déployer toutes les bannières du château, aux acclamations générales de ceux qui l’avaient défendu. L’armée de Lacy répondit à ces témoignages d’allégresse par des cris universels de joie qui retentirent à une telle distance, qu’ils épouvantèrent ceux des Gallois qui, déjà éloignés du funeste champ de bataille, s’étaient arrêtés pour prendre quelque repos.

Après avoir échangé ce salut, un cavalier, sortant des rangs de l’armée du connétable, s’avança vers le château ; on remarquait, quoique ce fût à une grande distance, que l’inconnu gouvernait son cheval avec une adresse et une grâce peu communes ; Il arriva bientôt près du pont-levis qu’on s’empressa de baisser ; Wilkin Flammock et le moine (car celui-ci s’associait le plus possible à tous ses actes d’autorité) se hâtèrent de quitter les remparts pour aller recevoir l’envoyé de leur libérateur. Ils arrivèrent près de lui au moment où il descendait de son cheval noir, couvert de sang et d’écume, et encore tout haletant par suite des fatigues de la soirée ; mais, répondant à la main caressante de son jeune maître, il baissait la tête, agitait son caparaçon d’acier, et par des hennissements annonçait son amour insatiable pour les combats. Le regard perçant du jeune homme portait aussi les marques d’un courage indomptable que les fatigues récentes qu’il venait d’éprouver ne semblaient point abattre. Son casque se trouvant suspendu à l’arçon de la selle, on pouvait apercevoir son air noble et martial, la fraîcheur de son teint, et les beaux cheveux châtains qui retombaient en boucles sur ses