Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/97

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y seraient en parfaite sécurité ; mais cette circonstance ne servit qu’à rendre leur déroute plus fatale. Le seul passage qui s’offrît aux Gallois pour traverser la rivière fut bientôt complètement rempli de fugitifs, dont les plus lents se virent exposés au glaive des Normands victorieux. Quelques-uns d’entre eux se précipitèrent dans les flots, avec l’espérance bien précaire de gagner l’autre bord à la nage ; mais ils périrent presque tous, brisés sur les rochers, ou entraînés par le courant, à l’exception de quelques-uns pleins de force et d’adresse. D’autres, plus heureux, s’échappèrent en traversant des gués obscurs et inconnus ; plusieurs se dispersèrent par bandes peu considérables, s’enfuyant vers le château, en proie au plus affreux désespoir, comme si la forteresse qui les avait repoussés lorsqu’ils étaient victorieux pouvait leur servir d’asile au milieu de leur défaite. D’autres enfin erraient, saisis de terreur, au milieu de la plaine, ne sachant où ils dirigeaient leurs pas, et n’ayant d’autre but que de se dérober à un danger immédiat et pressant.

Les Normands, divisés par petites troupes, poursuivaient leurs ennemis et les massacraient à loisir. La bannière de Hugo de Lacy, point de ralliement pour les vainqueurs, flottait sur une élévation ou Gwenwyn avait peu auparavant planté son étendard. Le baron était entouré d’une troupe nombreuse d’infanterie et de cavalerie, qui, sous aucun prétexte, ne pouvait s’éloigner de lui.

Comme nous l’avons déjà dit, le reste de l’armée victorieuse poursuivait les fuyards en poussant des cris de triomphe et de vengeance, qui retentissaient jusqu’aux remparts, et auxquels les assiégés répondaient en s’écriant : « Saint Édouard, saint Denis, frappez ! tuez ! Point de quartier pour ces misérables Gallois ; pensez à Raymond Berenger !

Les soldats de la garnison répondaient à ces cris de vengeance et de victoire, et lançaient une grêle de traits à ceux des fugitifs qui, poursuivis de trop près, s’approchaient des remparts. Ils eussent désiré faire une sortie pour ajouter encore à la défaite des Gallois ; mais des communications se trouvant ouvertes avec le connétable de Chester, Wilkin Flammock se regarda, ainsi que la garnison, comme soumis aux ordres de cet illustre chef : aussi refusa-t-il d’écouter les pressantes sollicitations du père Aldrovand, qui, malgré son caractère sacerdotal, eût volontiers pris le commandement de la sortie qu’il avait proposée.

Le carnage cessa enfin : des cors sonnèrent la retraite, et les