Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/96

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la position de l’ennemi, et arrêter un ordre d’attaque. Cependant cette pause ne fut que momentanée.

Les Bretons, si alertes pour surprendre leurs ennemis, s’exposaient eux-mêmes, dans bien des occasions, à se laisser surprendre. Leurs soldats étaient indisciplinés, les chefs négligeaient quelquefois de placer des sentinelles. D’ailleurs les fourrageurs et les troupes légères qui avaient battu la plaine le jour précédent avaient apporté des nouvelles qui les avaient bercés d’une sécurité fatale. Leur camp était donc très-mal gardé ; ils avaient même négligé les règles les plus indispensables de l’art militaire, et n’avaient établi, en avant du corps principal, ni avant-postes, ni patrouilles. Aussi la cavalerie des lords des frontières, malgré le bruit qu’occasionnait sa marche, s’était approchée fort près du camp breton, sans y causer la plus légère alarme. Mais tandis qu’ils divisaient leurs forces en colonnes séparées pour commencer l’attaque, un bruit terrible et toujours croissant annonça qu’ils étaient enfin avertis du danger. Les cris aigus et discordants au moyen desquels ils s’efforçaient d’assembler leurs soldats, chacun sous la bannière de son chef, retentissaient au milieu des airs. Mais à ces cris, « aux armes ! » succédèrent bientôt des cris d’épouvante et d’horreur, quand la cavalerie bardée de fer et pesamment armée des Anglo-Normands eut exécuté une charge au milieu de leur camp surpris et sans défense.

Cependant, quelque contraire que la fortune se montrât, les descendants des anciens Bretons ne s’en défendirent pas moins avec courage, et ne renoncèrent point à cet honneur héréditaire d’être appelés les hommes les plus braves. Les acclamations qu’ils faisaient entendre en défiant leurs ennemis, et en leur résistant, s’élevaient au-dessus des gémissements des blessés, des cris des vainqueurs et du tumulte général et horrible de cette bataille nocturne. Ce ne fut que lorsque le jour commença à poindre que le massacre et la défaite des forces de Gwenwyn devinrent complets, et que les troupes de Hugues Lacy, dans l’exaltation de la victoire, poussèrent aux cieux des cris de triomphe.

Cependant les assiégés, si l’on peut encore les appeler ainsi, regardant du haut des tours la campagne qui s’offrait à leurs regards, n’apercevaient plus que des hommes se dérobant par la fuite à la mort dont on les menaçait, et des vainqueurs poursuivant sans relâche des ennemis défaits. Le chef gallois avait permis à ses troupes de camper de l’autre côté de la rivière, pensant qu’elles