Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/89

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Satisfaits de voir qu’ils n’avaient point affaire à des esprits, Flammock et le moine s’avancèrent en toute hâte vers la plate-forme, où ils trouvèrent Éveline et sa fidèle Rose. La première, comme une sentinelle en faction, avait une demi-pique à la main. « Que signifie ceci, ma fille ? dit le moine. Comment, vous ici et armée ! Où est la sentinelle, le chien, le paresseux de Flamand chargé de garder ce poste ?

— Ne peut-il pas se faire, mort père, que ce ne soit ni un chien paresseux, ni un soldat flamand, » dit Rose toujours piquée de la plus petite réflexion qui avait pour objet de critiquer son pays. « Il me semble que j’ai ouï dire qu’il existait aussi de tels individus chez les Anglais.

— Allons, silence, Rose, vous êtes trop hardie pour une jeune fille, dit Wilkin. Encore une fois, où est Peterkin Vorst, chargé de garder ce poste ?

— Ne le blâmez pas d’une faute que j’ai commise, » dit Éveline, montrant la sentinelle flamande profondément endormie dans un endroit couvert formé par les créneaux. « Cet homme était accablé par la fatigue, il avait combattu avec ardeur tout le jour. Passant en cet endroit comme un esprit errant qui ne peut trouver ni tranquillité ni sommeil, je le trouvai dormant, et je ne voulus point troubler un repos que j’enviais. Comme il avait combattu pour moi, je croyais pouvoir veiller une heure pour lui ; je pris donc son arme dans le dessein d’attendre qu’on vînt le relever.

— Le misérable ! je le relèverai d’une terrible manière, » dit Wilkin ; et, disant ces mots, il assena au malheureux dormeur deux coups de pied qui firent résonner son armure. En proie à la plus vive alarme, le garde fut immédiatement sur pied, et il eut communiqué sa terreur aux sentinelles voisines et à toute la garnison, en s’écriant que les Gallois étaient sur les murailles, si, à l’instant où il allait pousser cette clameur, le moine n’eût de sa main bouché sa large bouche. « Silence, lui dit-il, et descends à l’instant auprès du sous-bailli, car, d’après les lois militaires, tu mérites la mort. Mais regarde, indigne soldat, et vois qui t’a sauvé de la corde, en veillant pendant que tu rêvais, chair de porc et pot de bière. »

Le Flamand, quoiqu’à demi éveillé, vit bien quelle était sa situation. Il se retira donc sans réplique, après deux ou trois salutations gauches à Éveline et à tous ceux par qui son repos avait été si grossièrement interrompu.