Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/87

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« Pourquoi parler de cela, mon père ? répondit Flammock : vous n’êtes pas soldat, et je n’ai pas le temps de vous entendre.

— Allons, repose-toi, » lui dit le moine relevant les manches de son froc, « et pendant ce temps j’essayerai de te remplacer ici. Que Notre-Dame ait pitié de moi ! Je ne connais rien à ces étranges machines, et leur nom même m’est inconnu. Mais notre règle nous fait une loi du travail ; il ne peut donc y avoir de mal à tourner cette manivelle ou à placer cette pièce de bois à tête d’acier devant cette corde (faisant à la lettre ce qu’il disait ; et je ne connais aucun ordre canonique qui me défende d’ajuster ainsi ce levier ou de toucher ce ressort. »

Il finissait à peine de parler que l’énorme machine siffla dans l’air. Le coup avait été visé avec adresse, car il renversa un chef gallois posté sur une éminence, et à qui Gwenwyn lui-même donnait un ordre.

« Très-bien, très-bien, mangonneau et javeline, » s’écria le moine hors d’état de contenir sa joie, et donnant dans son triomphe les noms techniques à la machine et à la javeline qu’elle venait de lancer.

« Et bien visé surtout, ajouta Flammock ; vous avez plus d’adresse, je crois, que de connaissance de votre bréviaire.

— Ne t’embarrasse pas de cela, dit le père ; et maintenant que tu vois mon habileté à diriger une machine, et que ces misérables commencent à lâcher pied, dis-moi, que penses-tu de notre position ?

— Elle n’est pas désespérée, si nous recevons de prompts secours ; le corps de ces soldats est de chair et non de fer, et nous pouvons enfin être accablés par le nombre. Un seul soldat pour quatre aunes de murailles, quelle triste chose ! les brigands le voient, et nous traitent en conséquence. »

Le renouvellement de l’assaut rompit le cours de leur conversation ; et telle fut l’ardeur de l’ennemi, qu’il ne leur laissa de repos qu’à la chute du jour ; car, tout en les menaçant d’attaques réitérées sur différents points, il effectua sur quelques autres deux ou trois assauts furieux et formidables qui laissèrent à peine aux assiégés le temps de prendre haleine et de se restaurer. Cependant les Gallois payèrent leur témérité bien cher ; et quoique rien ne pût surpasser leur bravoure dans ces attaques répétées, ils montrèrent cependant moins de fureur dans celles qu’ils livrèrent à la chute du jour. Enfin la nuit vint mettre un terme au combat,