Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/85

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— Ils n’en font point usage, milady, reprit Wilkin. Le ciel leur a refusé la science nécessaire pour tisser de la toile. Ils sont couchés là-bas sur les bords de la rivière, n’ayant d’autres habits que leurs manteaux blancs. Penserait-on qu’une bande de voleurs et d’assassins eût tant de ressemblance avec un des plus beaux objets de la nature, un champ immense couvert de toiles placées pour y blanchir ? Écoutez, écoutez ; les guêpes commencent à bourdonner, et bientôt leurs piqûres se feront sentir ! »

En effet un murmure lent et confus se fit entendre au milieu de l’armée galloise ; il ressemblait à celui

D’abeilles en alarme et s’armant dans leurs ruches.

Saisie de terreur à ce bruit sourd et menaçant, qui augmentait d’une manière progressive, Rose, avec toute l’irritabilité de son caractère vif et emporté, s’attacha au bras de son père, et lui dit d’une voix tremblante : « Ce bruit ressemble au mugissement de la mer, la nuit avant la grande inondation.

— Et la tempête sera trop terrible pour des femmes, dit Flammock. Veuillez retourner à votre appartement, milady ; et toi, Roschen, quitte aussi les remparts ; que Dieu te bénisse ! Votre présence en ces lieux serait loin de nous servir. »

Persuadée qu’elle avait fait tout ce qu’on pouvait attendre d’elle, et craignant d’ailleurs que sa frayeur ne se communiquât aux autres, Éveline suivit cet avis, et se retira dans son appartement. Elle marchait lentement, et se retournait souvent pour jeter les yeux sur les Gallois dont les bataillons s’avançaient comme les flots de la mer quand la marée s’élève.

Le prince de Powys avait adopté un plan d’attaque conforme à l’esprit belliqueux de ses soldats, et bien calculé pour jeter l’alarme sur tous les points du château.

Les trois côtés défendus par le lit de la rivière furent tenus en échec par un corps nombreux de Bretons qui devaient se borner à décharger leurs flèches, à moins qu’ils ne remarquassent une occasion favorable d’attaquer. La plus grande partie des forces de Gwenwyn, divisées en trois colonnes, s’avançaient dans la plaine vers la partie occidentale du château, menaçant d’un assaut désespéré les murs qui, dans cette direction, n’étaient pas défendus par la rivière : le premier de ces formidables corps ne comprenait que des archers, qui s’avancèrent en face de la place assiégée, profitant des buissons et des inégalités de terrain qui