Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/83

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provisions sont abondantes ; votre courage est à l’épreuve, vos armes sont puissantes, le Tout-Puissant est avec nous, et nos amis ne sont pas éloignés. Combattez donc au nom de ce qui est saint et sacré ; combattez pour vous-mêmes, pour vos femmes, pour vos enfants, pour vos propriétés, et aussi pour une jeune orpheline qui n’a d’autres défenseurs que ses chagrins, ses malheurs et le souvenir des vertus de son père. »

Un tel discours fit une forte impression sur l’esprit des soldats, hommes depuis long-temps endurcis contre le danger par l’habitude et le courage. Les Normands, toujours imbus de leurs idées chevaleresques, jurèrent sur la croix de leurs épées de mourir jusqu’au dernier plutôt que de quitter leurs postes ; les impétueux Anglo-Saxons s’écriaient de leur côté : « Honte à celui qui livrerait au loup gallois la fille de Raymond tant qu’il pourrait lui faire un rempart de son corps ! » Les impassibles Flamands eux-mêmes reçurent une étincelle de l’enthousiasme dont les autres étaient animés ; ils donnèrent à voix basse des louanges à la beauté de la jeune vierge, et se firent part mutuellement et en peu de mots de leur résolution ferme et inébranlable de la défendre jusqu’à la mort.

Rose Flammock, qui accompagnait sa maîtresse dans sa ronde autour du château avec une ou deux autres femmes, semblait avoir repris son caractère naturellement timide ; elle n’avait plus cette humeur altière et emportée qu’avaient excitée chez elle, le soir auparavant, les soupçons injurieux d’Aldrovand sur son père. Elle marchait respectueusement à quelques pas d’Éveline, et écoutait de temps en temps ce qu’elle disait, avec la crainte et l’admiration d’un enfant prêtant l’oreille aux leçons de son maître : seulement ses yeux humides témoignaient combien elle sentait et comprenait l’étendue du danger et la force des exhortations de sa maîtresse. Cependant il y eut un moment où l’œil de la jeune fille devint plus brillant, sa démarche plus assurée, et ses regards plus fiers : ce fut quand elle s’approcha de l’endroit où son père, après s’être acquitté de ses devoirs de commandant de la garnison, s’occupait de la direction des machines de guerre, et déployait dans ce nouvel emploi autant d’adresse que de force. Il était alors occupé à fixer un immense mangonneau (machine usitée dans la défense des forts, et à l’aide de laquelle on lançait des pierres) ; sur un point dominant une poterne découverte, placée à l’est et conduisant du château dans la plaine, point que, proba-