Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/79

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— Pas précisément ; mais, écoute : fais-lui jeter de dessus les murailles un tonneau d’eau tellement bouillante que les crins de sa peau de chèvre en puissent tomber. Pour t’assurer de la température de cette eau, plonges-y ton index. Telle est ta pénitence pour le tour que tu m’as joué. »

Wilkin lui répondit par un geste d’intelligence, et ils s’avancèrent vers la porte extérieure où Jorworth s’était rendu seul. Se plaçant au guichet, qu’il eut soin de tenir fermé, et lui parlant par une petite ouverture pratiquée à cet effet, Wilkin Flammock lui demanda ce qu’il voulait.

« Recevoir de ta main les clefs de ce château, ainsi que tu l’as promis, dit Jorworth.

— Comment ! et tu viens seul pour une telle commission, répondit Wilkin.

— Non pas, j’ai quarante hommes cachés derrière les buissons.

— Eh bien, ce que tu as de mieux à faire, c’est de les emmener promptement avant que nos archers ne fassent pleuvoir une grêle de traits sur leurs têtes.

— Comment, scélérat, ne veux-tu pas tenir ta promesse ?

— Je ne t’en ai donné aucune, dit le Flamand. Je t’avais promis seulement de penser à tes propositions. Je l’ai fait, je les ai même communiquées à mon père spirituel, qui me défend expressément d’y adhérer.

— Et veux-tu, dit Jorworth, garder les bestiaux que j’ai eu la sottise d’envoyer au château sur la foi de tes serments ?

— Je l’excommunierais et le livrerais à Satan, » dit le moine, ne pouvant attendre la réponse tardive et flegmatique du Flamand, « s’il rendait cornes, cuir ou poil de ces bestiaux à des Philistins incirconcis comme ton maître et toi.

— Bien, bien, prêtre tondu, » répondit Jorworth en courroux ; « mais, crois-moi, ne compte pas sur ton froc pour ta rançon. Dès que Gwenwyn aura pris ce château, qui ne servira pas longtemps d’asile à deux traîtres comme vous, je vous ferai coudre l’un et l’autre dans la carcasse d’une de ces vaches pour lesquelles ton pénitent s’est parjuré, et je vous mettrai dans un endroit où le loup et l’aigle seront vos seuls compagnons.

— Tu feras ce que tu voudras à cet égard, dès que tu en auras le pouvoir, dit l’impassible Flamand.

— Misérable Gallois, nous te défions en face, » répondit aussitôt le moine plus irascible. « J’espère bien que je verrai les chiens