Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/72

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Mon père, » dit Éveline pleine de confiance dans la vision qu’elle avait eue, « ce conseil serait bon à suivre si nous en étions réduits à l’extrémité ; mais, à cette heure, ce serait produire le mal que nous redoutons, en faisant naître la crainte et la discorde parmi la garnison. Bon père, j’ai une confiance entière et illimitée dans Notre-Dame de Garde-Douloureuse, et j’ai tout lieu de croire qu’elle nous vengera de nos cruels ennemis et nous procurera des moyens de salut. Je vous prends même à témoin du vœu que j’ai fait de ne rien refuser à celui qu’il plaira à Notre-Dame d’employer pour opérer notre délivrance, dussé-je lui accorder l’héritage de mon père et la main de sa fille.

Ave Maria ! Ave regina cœli ! dit le prêtre ; vous ne pouviez fonder votre espérance sur un roc plus solide ; mais, ma fille, » continua-t-il après avoir fait une telle exclamation, « n’avez-vous jamais été informée, directement ou indirectement, qu’il existait un traité pour votre main, entre votre très-honoré père, qui nous a été si cruellement enlevé (que Dieu veuille absoudre son âme !) et l’illustre maison de Lacy ? »

— J’en ai entendu parler vaguement, » dit Éveline rougissant et baissant les yeux ; « mais je me mets à la disposition de Notre-Dame de secours et de consolation. »

Comme elle finissait de parler, Rose entra dans la chapelle avec le même empressement qu’elle avait mis à la quitter, conduisant par la main son père, dont l’allure nonchalante, quoique ferme, l’air indifférent et la marche pesante formaient le contraste le plus frappant avec les mouvements vifs et inquiets de sa fille. Les efforts que faisait celle-ci pour attirer son père dans la chapelle auraient pu rappeler au spectateur quelques-uns de ces anciens monuments sur lesquels un petit chérubin, faible et chétif, était représenté entraînant vers l’empyrée un cadavre informe et lourd, dont le poids, peu proportionné avec la force du guide ailé, rend inutiles ses efforts bienveillants.

« Roschen, mon enfant, quels sont vos chagrins ? » dit le Flamand en cédant aux efforts de sa fille avec un sourire qui, sur ses lèvres de père, avait plus d’expression et de sensibilité que celui qui semblait animer ses traits presqu’à tous les instants du jour. « Voici mon père, dit l’impatiente jeune fille. Accusez-le de trahison maintenant ; qui le peut, qui l’ose ? Voici Wilkin Flammock, fils de Dieterick le Cramer d’Anvers. Que ceux qui le calomnient absent, l’accusent maintenant !