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ne pas me rendre mon troupeau ? il est entre vos mains, vous le possédez. S’il vous plaît de ne me rien donner d’avance, que pourrais-je attendre de vous plus tard ?

— Je consentirais à t’accorder quelque chose d’une valeur plus élevée, » répondit le Gallois, dont la méfiance égalait celle de Flammock ; « mais de quel usage te sera ton troupeau dans cette forteresse ? On pourra dans la plaine en prendre plus de soin qu’ici.

— En effet, répliqua le Flamand, ton observation est juste ; il ne ferait que nous embarrasser ici, où nous avons déjà tant de bestiaux pour le soutien de la garnison. Cependant, en y réfléchissant mieux, nous avons plus de fourrage que le nécessaire pour les nourrir ; et mon troupeau venu de France est d’une espèce particulière : je désirerais qu’on me les rendît, avant que vos haches et vos crochets gallois s’occupassent à leur ôter le cuir.

— On te les rendra ce soir, cuir et cornes, dit Jorworth ; et ce ne seront que les prémices d’un présent plus considérable.

— Bien obligé de votre munificence, dit le Flamand ; je suis un homme simple et borné, et je ne désire que recouvrer mon bien.

— Et alors tu seras prêt à nous livrer le château, dit Jorworth.

— Nous en parlerons demain plus au long, dit Wilkin Flammock ; si ces Anglais et ces Normands nous soupçonnaient, il serait difficile de nous tirer de là : il faut que je les écarte tous pour entrer dans de plus grands détails à ce sujet. Allons, partez à l’instant, je vous prie, et feignez d’être offensé de mes discours.

— Cependant je désirerais que vous vous expliquassiez d’une manière plus certaine et plus positive, dit Jorworth.

— Impossible, impossible, dit le Flamand. N’a percevez-vous pas le drôle qui commence à agiter son poignard ? Partez à la hâte, feignez d’être en colère, et n’oubliez pas le troupeau.

— Je ne l’oublierai pas, dit Jorworth ; mais si tu manques à tes promesses… »

À ces mots, il sortit de l’appartement, faisant un geste de menace, tant pour se conformer à l’avis du Flamand que pour l’effrayer ; Flammock répondit en anglais, comme si ceux qui étaient présents pouvaient comprendre ce qu’il disait :

« Je ne vous crains pas, messire Gallois. Je suis un fidèle serviteur ; je rejette vos propositions de capitulation, et je défendrai ce château à votre honte et à celle de votre maître. Soldats, qu’on lui bande les yeux, et qu’on le ramène hors du château, vers ses compagnons. Le premier Gallois qui se montrera devant