Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/51

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poitrines nues et leurs tuniques blanches au lances et aux épées des hommes d’armes, avec autant de sécurité que s’ils fussent nés invulnérables. Cependant ils ne purent résister au premier choc qui rompit leurs rangs, quelque masse qu’ils formassent ; les chevaux couverts de fer pénétrèrent même jusqu’au centre de leur armée, et très-près du fatal étendard auquel Raymond Berenger, lié par son funeste vœu, avait laissé prendre ce jour une position si avantageuse. Mais les Gallois cédèrent, comme les vagues cèdent au téméraire navire pour revenir battre ses flancs, et se réunir dans l’endroit qu’il vient de quitter. Faisant entendre des cris sauvages et horribles, ils refermèrent leurs rangs tumultueux, entourèrent Raymond et ses braves soldats, et bientôt un combat à mort commença.

Les plus célèbres guerriers du pays de Galles s’étaient, en ce jour, rassemblés autour de Gwenwyn ; les flèches des soldats de Gwentland, dont l’adresse à lancer les traits égalait presque celle des Normands, tombaient sur les casques des hommes d’armes, et les lances des hommes de Deheubarth, renommées par la trempe et la bonté de l’acier qui les garnit, venaient frapper leurs cuirasses et blessaient souvent le cavalier malgré la solidité de son armure.

Vainement les archers de la troupe de Raymond, hommes robustes et possédant pour la plupart quelques terrains à la charge de redevance militaire, épuisaient leurs traits sur la masse que présentait l’armée galloise. Sans doute chacun de ces traits coûtait un soldat à l’ennemi ; mais pour porter à la cavalerie, alors engagée et pressée de toutes parts, un secours vraiment efficace, il eût fallu que les morts, du côté des Gallois, fussent vingt fois plus nombreux. Cependant ceux-ci, inquiétés par cette décharge continuelle, y répondaient par le moyen de leurs archers, dont le nombre suppléait au peu d’habileté, et qui d’ailleurs étaient soutenus par des corps considérables de lanciers et de frondeurs. Les archers normands, qui plus d’une fois avaient tenté d’abandonner leur position pour opérer une diversion en faveur de Raymond et de sa troupe dévouée, étaient alors serrés de si près, qu’ils se trouvèrent obligés de renoncer à ce mouvement.

Cependant ce chef intrépide, qui n’espérait qu’une mort honorable, s’efforçait de signaler ses derniers instants, en enveloppant dans sa perte le prince gallois, l’auteur de la guerre. Il eut soin de ménager ses forces, repoussa les ennemis qui menaçaient