Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/50

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tant ses regards dans toutes les directions par où les secours attendus pouvaient arriver, il ne voyait, il n’entendait rien qui lui annonçât qu’ils s’avançaient. L’esprit plutôt livré au désespoir qu’à l’espérance, le vieillard continua alternativement de dire ses oraisons, de jeter çà et là des regards inquiets, et d’adresser, en phrases entrecoupées, quelques paroles de consolation à Éveline, jusqu’à ce qu’enfin les acclamations générales et les cris d’allégresse des Gallois, se faisant entendre depuis le bord de la rivière jusqu’aux murs du château, l’avertirent que le dernier Breton venait de passer le pont, et que toute leur formidable troupe allait commencer le combat sur le bord de la rivière le plus voisin du château.

À cette clameur perçante et épouvantable, qui respirait l’énergie du défi, la soif du sang et l’espérance de la victoire, les Normands répondirent enfin par le son des trompettes ; c’était alors le premier signal qu’eût fait entendre Raymond Berenger. Mais, quelque bruyant que fût le son de ces trompettes, comparé aux cris de fureur auxquels il répondait, il ressemblait au sifflet du robuste nautonier au milieu des mugissements de la tempête.

À peine les trompettes avaient-elles sonné, que Berenger ordonna à ses archers de lancer leurs dards, et aux hommes d’armes d’avancer sous une grêle de traits, de javelines et de pierres lancées par les Gallois contre les Normands, revêtus d’armures d’airain.

Les vétérans de Raymond, de leur côté, excités par tous leurs souvenirs de victoire, se fiant aux talents de leur brave capitaine, et nullement découragés par les circonstances défavorables où ils se trouvaient, chargèrent avec leur courage ordinaire la masse que formait l’armée galloise. Ce petit corps de cavalerie présenta un spectacle admirable, lorsqu’on le vit charger, les plumets flottant au-dessus des casques, les lances en arrêt et passant de six pieds la tête des chevaux, des boucliers attachés au cou des soldats, afin que ceux-ci pussent, de leur main gauche, diriger librement leurs coursiers ; tout ce corps formait un front égal et régulier, et la vitesse de sa marche augmentait à tout instant. Une telle charge pouvait épouvanter des hommes nus, car tels étaient les Gallois comparés aux Normands couverts d’acier ; mais elle ne porta point la terreur dans les rangs des anciens Bretons qui, depuis long-temps, se faisaient gloire d’exposer leurs