Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/48

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l’ennemi, comme il le fait, s’il n’avait la certitude de la prochaine arrivée du noble comte d’Arundel ou du puissant connétable de Chester.

— Le pensez-vous vraiment, bon père ? Raoul, ma chère Rose, regardez du côté de l’est, si vous ne verrez point d’étendards ou des nuages de poussière. Écoutez, écoutez : n’entendez-vous pas les trompettes ?

— Hélas, milady ! dit Raoul, on entendrait à peine le tonnerre du ciel au milieu des hurlements de ces barbares gallois. » Comme il finissait de parler, Éveline se retourna, et dirigeant ses regards vers le pont, un spectacle effrayant frappa ses yeux.

La rivière, dont le lit baigne trois côtés de l’éminence sur laquelle est situé le château, s’éloigne de la forteresse et des villages voisins, et, décrivant une ligne courbe, dirige son cours vers l’est. La colline, déclinant peu à peu, conduit à une plaine immense et tellement unie, qu’on ne peut douter qu’elle n’ait été formée par des alluvions. Un peu plus bas, à l’extrémité de cette plaine, dans un endroit où le lit de la rivière est resserré, étaient situées les manufactures des robustes Flamands, alors livrées aux flammes ; elles répandaient dans les airs une clarté brillante. Le pont, construction étroite, élevée, et dont les arches étaient d’inégale grandeur, était à environ un demi-mille du château, au milieu même de la plaine. La rivière, qui coulait dans un lit profond et rocailleux, n’était que rarement guéable ; dans tous les temps le passage en était difficile ; ce qui donnait un considérable avantage à ceux qu’on avait chargés de défendre le château, et qui, dans d’autres circonstances, avaient sacrifié leurs meilleurs soldats pour défendre un passage que les scrupules délicats de Raymond le portaient alors à abandonner. Les Gallois, saisissant l’occasion avec l’avidité que l’on met à profiter d’un bienfait inattendu, se précipitèrent à la hâte sur les arches rapides et élevées du pont. Cependant d’autres corps, arrivant de divers points sur le rivage, augmentèrent bientôt le nombre des soldats qui, traversant le pont tranquillement et sans crainte, vinrent former la ligne de bataille sur cette partie de la plaine faisant face au château.

D’abord le père Aldrovand vit leur mouvement sans inquiétude, et même avec le sourire dédaigneux de celui qui observe un ennemi près de tomber dans le piège qui lui a été tendu habilement. Raymond Berenger, avec son petit corps d’infanterie et de