Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/47

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assigné un emploi, il est temps que je m’empresse d’aller vaquer au mien. »

Wilkin Flammock quitta l’office, les traits et le jugement nullement altérés par les fortes libations qu’il venait de faire, sans être ému non plus par les bruits divers qui se faisaient entendre au dehors ; il fit sa ronde, et visita les ouvrages extérieurs ; après quoi il assembla la petite garnison, et assigna à chacun son poste, réservant pour ses compatriotes le maniement de l’arbalète, de l’arc, et l’usage des machines qui, inventées par les fiers Normands, ne pouvaient être comprises des Anglais, ou plutôt des Anglo-Saxons de l’époque, mais dont les Flamands, plus habiles, se servaient avec une grande adresse. La jalousie qu’avaient conçue les Normands et les Anglais, de se voir placés sous le commandement temporaire d’un Flamand, disparut peu à peu à la vue de l’adresse et de la force de ce dernier, et devant le danger, qui d’un moment à l’autre devenait plus grand.







CHAPITRE IV.

le combat.


Non loin du pont construit sur ce torrent où l’eau coule transparente et limpide, plus d’un coursier expirant viendra frapper la terre, plus d’un chevalier perdra la vie au milieu des combats.
Prophétie de Thomas le rimeur.


La fille de Raymond Berenger, suivie des personnes ci-dessus nommées, voulut rester sur les remparts de Garde-Douloureuse, malgré les exhortations du prêtre qui l’engageait à venir attendre dans la chapelle, au milieu des cérémonies de la religion, l’issue de ce sanglant combat. Il s’aperçut enfin que la crainte et le chagrin qu’elle éprouvait la rendaient incapable d’écouter ses discours et de comprendre ses avis ; et s’asseyant à ses côtés, tandis que Rose et le piqueur se tenaient aussi près d’elle, il s’efforça de lui donner des consolations dont lui-même peut-être se sentait avoir besoin.

« Ce n’est qu’une sortie que fait votre noble père, disait-il ; et quoiqu’il semble y courir de très-grands hasards, jamais personne ne mit en question l’adresse et la politique de sir Raymond Berenger en fait de guerre. Il est prudent et discret dans ses projets. Je suis persuadé qu’il ne marcherait point à la rencontre de