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— Je suis content que vous vous rappeliez le nom de mon emploi, » dit Reinold avec l’air de ressentiment d’un domestique gâté par son maître et mécontent qu’un étranger puisse impunément lui donner des ordres,

« Un flacon de vin du Rhin, si vous m’aimez, répondit le Flamand ; car je me sens peu disposé, et j’ai besoin de boire du meilleur.

— Eh bien, vous boirez, dit Reinold. Puisse le vin vous donner le courage, dont peut-être vous manquez ! » Il descendit vers le caveau secret dont il était gardien, et revint avec un flacon d’argent pouvant contenir une pinte. « Voici du vin comme vous n’en avez que rarement goûté, » dit Reinold, et il allait en verser dans un verre.

« Le flacon ! l’ami Reinold, le flacon ! Quand il s’agit pour moi d’une affaire importante, dit Wilkin, j’aime à boire à longs traits. » Disant ces mots, il saisit le flacon, et buvant un coup préparatoire, il s’arrêta comme pour priser la force et la saveur de ce vin généreux. Il lui trouva sans doute ces deux qualités réunies, car il fit au sommelier un signe d’approbation, et portant de nouveau le flacon à ses lèvres, il mit lentement et graduellement le fond du vase parallèle avec le plafond de l’appartement, ne voulant pas qu’une seule goutte pût lui échapper.

« Quelle saveur, herr Kellermaster ! » dit-il au sommelier, cherchant à recouvrer par intervalles son haleine, après avoir si longtemps retenu sa respiration. « Mais que le ciel vous pardonne de penser que ce vin soit le meilleur que j’aie jamais goûté ! Vous connaissez fort peu, je le vois, les caves d’Ypres et de Gand.

— Ma foi, je m’en soucie fort peu, dit Reinold ; les nobles d’extraction normande préfèrent les vins légers, généreux et cordiaux de Gascogne et de France à toutes les boissons acides du Rhin et du Necker.

— Tout cela est affaire de goût, dit le Flamand ; mais, écoutez : avez-vous encore beaucoup de ce vin à la cave ?

— Mais il me semblait, répondit Reinold, qu’il ne flattait pas votre palais délicat.

— Comment, mon ami, dit Wilkin, n’ai-je pas dit qu’il avait de la saveur ? J’ai pu en boire de meilleur ; cependant celui-ci est vraiment bon : quand il n’y en a pas d’autre, on peut s’en contenter. Mais, dites-moi, combien vous en reste-t-il ?