Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/38

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jusqu’à présent je n’avais point ouï dire qu’un homme ayant de la barbe osât s’avouer un lâche.

— Vous ne m’avez pas compris, » répondit Flammock d’un ton calme. « Je suis toujours prêt à combattre pour la conservation de ma vie et de mon bien ; et mon arrivée dans ce pays, où l’un et l’autre sont en danger, prouve assez que je ne suis point aussi lâche qu’on pourrait le croire. Mais, quoi qu’il en soit, une peau intacte est toujours préférable à une peau percée.

— Eh bien donc, dit Raymond Berenger, combats comme tu voudras, pourvu que ce soit avec courage. Un homme aussi robuste que toi ne peut agir autrement. Sans doute il sera nécessaire de faire tous de même. Avez-vous aperçu ces coquins de Gallois ? La bannière de Gwenwyn flotte-t-elle au milieu d’eux ?

— Je l’ai vue en effet ; le dragon blanc s’agitait dans les airs, répliqua Wilkin. Aurais-je pu ne pas le reconnaître ? il a été brodé sur mes métiers. »

Raymond devint tellement sombre en apprenant cette nouvelle, que Denis Morolt, ne voulant point que le Flamand s’en aperçût, jugea à propos de détourner son attention. « Je te déclare, moi, lui dit-il, que lorsque le connétable de Chester nous aura rejoints avec ses lanciers, tu verras le dragon ton ouvrage s’envoler avec plus de vitesse que ta navette.

— Il faudra, Denis Morolt, qu’il s’envole avant l’arrivée du connétable, dit Berenger ; autrement il volera triomphant sur nos propres cadavres,

— Au nom de Dieu et de la sainte Vierge, reprit Denis, que voulez-vous dire, sire chevalier ? Sans doute vous ne combattrez point les Gallois avant l’arrivée du connétable ? « Il s’arrêta ; et, comprenant alors le regard ferme mais triste par lequel son maître répondit à la question, il continua avec plus de véhémence : « Non, seigneur, telle n’est point votre intention ; non, vous ne quitterez point ce château que nous avons tant de fois défendu contre ces barbares, vous ne combattrez point en rase campagne avec deux cents hommes contre des milliers de soldats. Réfléchissez encore, mon cher maître ; n’allez pas, dans vos vieux jours, flétrir par un acte de témérité cette réputation de sagesse et de prudence militaire que vous avez si noblement acquise au printemps de la vie.

— Denis, votre désapprobation est loin de m’irriter, répondit le Normand ; car je sais qu’en agissant ainsi, vous êtes guidé par