Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/36

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Ce fut le second matin après le mémorable festin de Castel-Coch que la tempête éclata sur la frontière normande. D’abord un son isolé, faible, mais prolongé, annonça l’approche de l’ennemi. Alors les signaux d’alarme partirent des châteaux et des tours placées sur les frontières de Shropshire, où toute maison habitée était une forteresse. Des fanaux furent allumés sur les rochers et sur les éminences ; les cloches sonnèrent dans les campagnes et dans les villes, et les cris aux armes ! répétés de toutes parts, annonçaient l’approche d’un danger auquel les habitants de ce malheureux pays n’avaient point été exposés jusqu’alors.

Au milieu de cette alarme générale, Raymond Berenger, après avoir disposé d’une manière convenable ses partisans et ses vassaux, et avoir pris toutes ses mesures afin de connaître la force et les mouvements de l’ennemi, monta lui-même sur la tour la plus élevée du château pour observer les environs déjà obscurcis sur divers points par des nuages de fumée, circonstance qui annonçait les progrès et les ravages des Gallois. Raymond fut bientôt rejoint par son écuyer favori, auquel les regards ternes et inquiets de son maître causèrent beaucoup de surprise ; car jusqu’alors ils avaient toujours été brillants à l’approche d’une bataille. L’écuyer tenait à la main le casque de son maître ; car sir Raymond était armé, et n’avait que la tête nue.

« Denis Morolt, dit le vieux capitaine, tous nos sujets et tous nos vassaux sont-ils assemblés ?

— Tous, noble seigneur, excepté les Flamands.

— Les paresseux ! Pourquoi tardent-ils ? dit Raymond. C’est une mauvaise politique que d’accorder à de telles gens la garde de nos frontières. Ils ressemblent à leurs chevaux ; ils sont plus propres à tracer un sillon qu’à prendre part à une action où il faut montrer de l’ardeur.

— Avec votre permission, seigneur, dit Denis, les marauds peuvent quelquefois rendre de grands services. Ce Wilkin Flammock du Vert, par exemple, est un gaillard en état de frapper comme les marteaux de son moulin à foulon.

— Il se battra, je le crois, dit Raymond, quand il ne pourra faire autrement ; mais il n’a aucun goût pour les exercices militaires, et est aussi long et aussi entêté qu’une mule.

— C’est pourquoi ses compatriotes sont excellents pour combattre les Gallois, répliqua Denis Morolt ; car leur caractère opiniâtre et inflexible peut être opposé avec succès à l’humeur fou-