Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/33

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ensemble les mêmes pâturages ; mais elles ne mêlent point leur sang, et leurs races demeurent étrangères l’une à l’autre. D’ailleurs, notre fille Éveline a été demandée en mariage par un noble et puissant seigneur des frontières, Hugo de Lacy, connétable de Chester, et nous avons agréé la demande honorable qu’il nous avait adressée. Il nous est donc impossible de complaire à vos désirs. Cependant, sur tout autre sujet, vous nous trouverez toujours disposés à remplir vos vues, et pour garantir la sincérité de nos paroles, nous invoquons le témoignage de Dieu, de Notre-Dame, et de sainte Marie-Madeleine-de-Quatford, à la protection de laquelle nous vous recommandons bien sincèrement.

« Écrit par notre ordre, dans notre château de Garde-Douloureuse, sur les frontières du pays de Galles, par un révérend prêtre, le père Aldrovand, moine noir du couvent de Venlock, et à cet écrit nous avons apposé notre sceau, la veille du divin martyr saint Alphegius auquel soit honneur et gloire. »

La voix du père Einion s’affaiblissait, et le papier tremblait dans ses mains quand il arriva à la fin de la lettre ; car il savait qu’une insulte, même plus légère que le contenu de cet écrit, suffisait pour faire bouillir le sang breton de son maître. Il ne se trompait pas. Le prince avait graduellement quitté la posture qu’il avait prise pour écouter l’épître ; et quand la lecture en fut achevée, il se releva comme un lion en fureur ; et repoussant avec force son foot-bearer, qui alla rouler à quelque distance. « Prêtre, cria-t-il, as-tu bien lu ce maudit écrit ? car si tu y as ajouté, ou retranché un mot, une lettre, je te frapperai les yeux de telle sorte que désormais il te sera impossible de lire. »

N’ignorant pas que le caractère sacerdotal n’était pas généralement respecté parmi les irascibles Gallois, le moine répondit en tremblant : « Par le serment de mon ordre, ô prince tout puissant, j’ai lu mot pour mot, lettre pour lettre. »

Il y eut alors une courte pause ; la fureur qu’éprouvait Gwenwyn, de recevoir un affront inattendu en présence de tous ses uckelswyrs (c’est-à-dire de ses nobles capitaines ; ce mot signifiant littéralement homme de haute stature)y, était telle qu’il ne pouvait trouver d’expressions pour rendre ce qu’il ressentait. En ce moment le silence fut interrompu par quelques sons que fit entendre la harpe jusqu’alors muette de Cadwallon. Cette interruption sembla d’abord exciter le courroux du prince, qui se disposait alors à parler ; mais quand il vit le barde penché sur sa