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Aldrovand n’était pas rétabli de la blessure qu’il avait reçue pendant le siège.

Vidal néanmoins comprit qu’il allait trouver le connétable pour solliciter son intercession en sa faveur.

« Moi aussi je veux aller le rejoindre, » dit Renault Vidal, quittant tout à coup la pierre qu’il occupait.

« Suivez-moi donc, marmotta le prêtre ; les Flamands me connaissent et me laisseront passer. »

Mais le père Aldrovand étant en disgrâce, son influence ne fut pas si puissante qu’il s’en était flatté, et lui et le ménestrel furent portés çà et là par la foule, et séparés l’un de l’autre.

Vidal, néanmoins, fut reconnu par les paysans anglais qui lui avaient déjà parlé. « Sais-tu faire des tours de jongleur, ménestrel ? dit l’un ; tu pourrais beaucoup gagner, car nos maîtres normands aiment la jonglerie.

— J’en connais un, dit Vidal ; et je pourrai vous le montrer si vous voulez me faire place. »

Ils s’éloignèrent un peu, et il eut le temps de jeter son bonnet, d’ôter les bottines de cuir qui recouvraient ses jambes et ses genoux, ne gardant que ses sandales. Il attacha ensuite un mouchoir de couleur autour de ses cheveux noirs et brûlés par le soleil, et, se débarrassant de sa casaque, il montra des bras nerveux et basanés.

Mais, tandis qu’il amusait par ces préparatifs ceux qui l’entouraient, il se fit un mouvement dans la foule, et l’on entendit le son voisin des trompettes, auxquelles répondit toute la musique flamande, accompagnée des cris, en normand et en anglais, de « Vive le brave connétable ! que Notre-Dame protège le brave de Lacy ! »

Vidal fit des efforts inouïs pour s’approcher du chef de la procession, dont il ne pouvait voir que le panache, et sa main droite tenant le bâton de commandement, tant il était entouré d’officiers et de soldats. Enfin ses efforts réussirent, et bientôt il ne fut éloigné du connétable que de trois pas ; il était alors dans un petit cercle dont on avait eu bien de la peine à éloigner les curieux, afin que la cérémonie pût s’y accomplir. Il avait le dos tourné vers le ménestrel, et il se baissait sur son cheval pour délivrer la charte royale à Wilkin Flammock, qui avait mis un genou en terre, afin de la recevoir avec plus de respect. Sa posture obligeait le connétable de se baisser si bas, que ses plumes semblaient se mêler à la crinière flottante de son noble coursier.