Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/292

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— C’est un vrai Famand, dit le prince Jean ; il pense d’abord à lui.

— Sa requête, dit le roi, est raisonnable. Ensuite ?

— Sûreté pour la vie, l’honneur et les biens de la demoiselle Éveline Berenger.

— Comment ! drôle, » dit le roi avec colère, « est-ce à tes pareils à vouloir guider notre jugement ou notre clémence quand il s’agit d’une noble dame normande. Borne-toi à traiter pour tes semblables, ou plutôt rends-nous ce château sans plus de délai, et sois persuadé que par là tu rendras plus service aux traîtres qui y sont enfermés que ne pourrais le faire des semaines d’une résistance inutile. »

Le Flamand gardait le silence, ne voulant pas se rendre sans quelques conditions positives, et cependant à moitié convaincu que, d’après la situation dans laquelle il avait laissé la garnison de Garde-Douloureuse, ce qu’il y aurait de mieux à faire pour lady Éveline serait d’y introduire les troupes du roi.

« J’aime ta fidélité, ami, » dit le roi, dont l’œil perçant devinait la lutte qui se passait dans le cœur du Flamand ; « mais ne pousse pas trop loin ton entêtement. N’avons-nous pas dit que nous serions aussi clément envers ces coupables que nous le permettrait notre devoir comme roi.

— Mon auguste père, » dit le prince Jean intervenant, « je vous prie de m’accorder la grâce d’être le premier à prendre possession de Garde-Douloureuse et de confier à ma garde la dame rebelle.

— Et moi, je vous prie, mon auguste père, d’accorder la demande de Jean, dit son frère Richard d’un ton moqueur. Considérez, mon père, que c’est la première fois qu’il témoigne le désir d’approcher des barrières du château, quoique nous l’ayons attaqué déjà plus de quarante fois. Mais l’arbalète et le mangonneau se faisaient entendre les autres fois, et il est probable qu’ils garderont le silence maintenant.

— Paix, Richard, dit le roi ; ces paroles, qui attentent à l’honneur de votre frère me percent le cœur. Jean, je t’accorde ta demande pour ce qui regarde le château ; quant à cette malheureuse jeune femme, nous nous en chargeons nous-même. Flamand, combien de soldats te charges-tu d’admettre ? »

Avant que Flammock eût pu répondre, un écuyer s’approcha du prince Richard et lui dit à l’oreille, quoique assez haut pour