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CHAPITRE XXIX.

les deux pèlerins et la reddition.


Silence, hiboux ! des chants de mort seuls se font entendre.
Shakspeare. Richard II.


Plus de trois mois s’étaient écoulés depuis l’événement rapporté dans le dernier chapitre, et il n’avait été que le précurseur d’autres plus importants, que la suite de l’histoire fera connaître. Mais comme nous voulons présenter au lecteur, non pas un détail précis des circonstances, selon leur ordre et leur date, mais une série de tableaux, nous ferons notre possible pour offrir les incidents les plus frappants aux yeux ou à l’imagination de ceux que ce récit peut intéresser ; nous ouvrons donc une nouvelle scène, et nous y amenons de nouveaux acteurs.

Dans un pays dévasté, éloigné de plus de douze milles de Garde-Douloureuse, par la chaleur d’un soleil d’été, qui répandait un éclat brûlant sur la vallée silencieuse et sur les ruines noircies des chaumières qui l’ornaient jadis, deux voyageurs marchaient lentement ; leurs manteaux de pèlerin, leurs bourdons, leurs grands chapeaux rabattus, ornés d’une coquille, surtout la croix en drap rouge sur l’épaule, indiquaient que c’étaient des pèlerins qui avaient accompli leur vœu, et étaient revenus de ce lieu fatal d’où revenaient alors si peu des milliers d’hommes qui s’y rendaient, soit par amour pour l’entreprise, soit par dévotion.

Les pèlerins étaient passés le matin par un pays saccagé et dans un état aussi déplorable que ceux qu’ils avaient souvent traversés dans les guerres de la croix. Ils avaient vu des hameaux qui paraissaient avoir subi toutes les fureurs de la guerre ; les maisons étaient réduites en cendres, et plusieurs fois les cadavres des misérables habitants, ou plutôt leurs squelettes, étaient suspendus à des gibets temporaires, ou aux arbres laissés debout, probablement dans la seule intention de servir aux bourreaux. Quant à des créatures vivantes, ils n’en virent pas, sauf ces habitants sauvages de la nature qui semblaient reprendre en silence possession du domaine ravagé, d’où ils avaient été chassés jadis par la main de la civilisation. Les oreilles des voyageurs n’étaient pas affectées moins désagréablement que leurs yeux ; ils pouvaient entendre le