Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/267

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maintenant d’avoir oublié son oncle et sa propre réputation pour cette jeune fille ; car, ma foi, par amour pour elle, je me serais livré à la mort. Ah, maudites soient les femmes ! elles nous gouvernent en tout temps, Stephen, et à tout âge. Quand elles sont jeunes, elles nous entraînent par de jolis regards, des paroles sucrées, de doux baisers et des gages d’amour ; et quand elles sont sur le retour, par des présents, des politesses, du vin et de l’or, elles nous forcent de leur obéir ; et quand elles sont vieilles, nous sommes bien aises de faire leurs commissions pour ne plus voir leurs vieux visages de cuir. Eh bien, le vieux de Lacy aurait dû rester chez lui pour garder son faucon ! Mais tout cela ne vous fait rien, Pontoys ; d’ailleurs nous aurons peut-être quelque profit aujourd’hui, car ces paysans ont pillé plus d’un château.

— Oui, oui, reprit Pontoys ; le butin pour le paysan, et le paysan pour le soldat, un vrai et bon proverbe. Mais peux-tu me dire pourquoi le seigneur Amelot ne nous met pas en marche ?

— Bah ! reprit Genvil, la secousse que je lui ai donnée a ébranlé son cerveau… ou peut-être qu’il n’a pas encore avalé ses larmes ; car c’est un fameux petit coq pour son âge toutes les fois qu’il y a de l’honneur à gagner. Ah ! enfin nous partons… Eh bien, c’est une drôle de chose que ce sang noble, Stephen ! car voici un enfant que j’ai bafoué tout à l’heure comme un écolier ; et maintenant il faut qu’il nous mène, nous autres barbes grises, où nous aurons peut-être la tête cassée, et cela d’après l’ordre d’une dame.

— Je garantis que sir Damien est payé de ma jolie maîtresse, reprit Stephen Pontoys, comme ce jeune éveillé d’Amelot l’est de sir Damien ; et ainsi, nous pauvres hommes, il nous faut obéir et fermer la bouche.

— Mais ouvrir les yeux, Stephen Pontoys ; n’oublie pas cela. » Ils étaient en ce moment hors du château et sur la route qui conduisait au village où, d’après les nouvelles du matin, Wenlock était assiégé et bloqué par les nombreuses troupes des communes insurgées. Amelot était en tête de la troupe, toujours honteux de l’affront qu’il avait reçu en présence des soldats, et il se perdait à chercher comment il suppléerait à ce défaut d’expérience, qu’en toute autre occasion il aurait remplacé par les conseils du porte-bannière, avec lequel maintenant il avait honte de tâcher de se réconcilier. Mais Genvil n’était pas d’un naturel maussade, quoiqu’il eût l’habitude de murmurer : il s’avança près du page,