Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/265

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pour éviter l’attaque du léger et superbe émerillon, et craignant la supériorité de sa nature et de son éducation sur leur force physique, mais inerte. « Que signifie cette conduite ? » leur demanda-t-elle encore ; « est-ce le moment de vous mutiner quand votre lord est absent, et que son neveu et lieutenant est étendu sur un lit de douleur ? Est-ce ainsi que vous tenez vos serments ? est-ce ainsi que vous méritez la faveur de votre chef ? Comme le chien couchant, vous cédez et reculez dès le moment où vous perdez de vue le chasseur ! »

Il y eut une pause… Les soldats jetaient les yeux sur Éveline, puis les tournaient sur eux-mêmes, comme s’ils eussent eu honte de persister dans leur mutinerie ou de rentrer dans le devoir.

« Je vois ce que c’est, mes braves amis, vous manquez de chef ! Mais que cela ne vous arrête pas… je vous conduirai moi-même ; et toute femme que je suis, vous ne devez pas craindre le déshonneur quand une fille des Berenger vous commande… Que mon cheval soit promptement recouvert d’un selle d’acier ! « Et ramassant le léger casque du page, elle le posa sur sa tête, saisit son épée nue, et continua : « Ici je vous promets de vous conduire et d’être votre chef… ce gentilhomme (montrant Genvil) suppléera à mon ignorance dans l’art militaire : il me paraît avoir assisté à plus d’une bataille, et saura bien diriger un jeune chef.

— Certes, » dit le vieux soldat secouant la tête et souriant malgré lui, « j’ai vu plus d’une bataille, mais jamais sous un tel général.

— Néanmoins, » dit Éveline voyant que tous les yeux se tournaient sur Genvil, « vous ne devez, ne pouvez, ni ne voudrez refuser de me suivre ; vous ne le devez pas comme soldat, car ma faible voix vous fait savoir les ordres de votre capitaine ; vous ne le pouvez pas comme gentilhomme, car une femme abandonnée et affligée implore votre secours ; vous ne le voudrez pas comme Anglais, car votre pays a besoin de vos bras, et vos camarades sont en danger : déployez donc votre bannière et marchez !

— Je le ferai de toute mon âme, belle dame, reprit Genvil (comme s’il se préparait à déployer la bannière), et Amelot même pourrait bien nous conduire moyennant quelques avis que je lui donnerai ; mais je ne sais trop si vous nous envoyez dans la bonne route.

— Certainement, certainement ! » dit Éveline avec empressement ; « ce doit être la bonne route, que de vous envoyer au se-