Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/256

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— Oui, cela la regarde, Roschen, reprit Wilkin. Il y a beaucoup de soldats normands qui disent, en vidant leur bouteille, que Damien de Lacy est amoureux de la fiancée de son oncle, et qu’ils correspondent ensemble par magie.

— Il faut effectivement que ce soit par magie, » dit Rose en souriant avec mépris, « car ils ne correspondent par aucun moyen terrestre : quant à moi, je puis l’assurer.

— Aussi, dit Wilkin, attribuent-ils à la magie que dès que milady est hors du château, de Lacy est en selle avec une partie de sa cavalerie, quoiqu’ils soient bien certains qu’il n’a reçu ni message, ni lettre, ni aucun avis de son dessein de sortir ; et cependant jamais, en pareil cas, ils ne parcourent les défilés, sans, bientôt voir ou apprendre que milady Éveline se promène.

— Cela ne m’a pas échappé, dit Rose, et milady a même exprimé son mécontentement de l’exactitude avec laquelle Damien connaissait ses actions, ainsi que de la ponctualité officieuse qu’il déployait en la gardant. Ce jour a prouvé néanmoins, continua-t-elle, que sa vigilance est utile ; et comme ils ne se sont jamais rencontrés dans ces occasions, et que la distance qui les séparait leur ôtait toute possibilité d’entrevue, il me semble qu’ils auraient pu échapper à la censure de l’esprit le plus soupçonneux.

— Oui, ma fille ! reprit Wilkin, mais en poussant trop loin la précaution on peut exciter les soupçons. Pourquoi, disent les soldats, ces deux êtres ont-ils des intelligences si constantes et pourtant si bien cachées ? Pourquoi s’approcher de si près, et cependant ne jamais se rencontrer ? Si l’un n’eût été que le neveu et l’autre que la fiancée du connétable, ils pourraient se voir sans dissimuler ; d’un autre côté, s’ils s’aiment, ils y a tout lieu de croire qu’ils savent bien trouver leurs lieux secrets de rendez-vous, quoiqu’ils aient assez d’art pour le cacher.

— Chacune de vos paroles, mon père, me fait voir la nécessité absolue de recevoir ce jeune blessé dans votre maison. Quelque grands que soient les maux que vous redoutez, je vous assure qu’ils ne peuvent augmenter en lui donnant un asile ainsi qu’à plusieurs de ses fidèles serviteurs.

— Je ne recevrai aucun de ses serviteurs, » dit Wilkin vivement, « pas un de ces valets mangeurs de bœuf, sauf le page qui doit le servir, et le docteur qui se charge de le guérir.

— Mais à ces trois au moins je puis offrir votre maison ? demanda Rose.