Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/250

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leurs bidets gallois ; ils s’enfuirent dans les montagnes, et, par une activité et une adresse extraordinaires, ils déjouèrent les efforts de leurs ennemis. Tous néanmoins n’eurent pas le même bonheur, car deux ou trois tombèrent entre les mains du parti de Flammock ; entre autres la personne qu’on avait recouverte des vêtements d’Éveline, et qui maintenant, au grand désappointement de ceux qui s’étaient attachés à sa poursuite, se trouva être non pas celle qu’ils désiraient délivrer, mais un beau Gallois blond dont les yeux hagards et les phrases incohérentes annonçaient une imagination dérangée. Cette circonstance ne l’aurait pas sauvé de la mort, sort ordinaire des captifs qu’on faisait dans ces escarmouches, si le faible son du cor de Damien, qu’ils entendirent au-dessus d’eux, n’eût rappelé ses soldats et excité ceux de Wilkin Flammock à se rendre sur les lieux, tandis que, dans la confusion et l’empressement d’obéir au signal, la pitié ou le mépris des gardes permit au prisonnier de s’échapper. Ils avaient au fait peu de choses à en apprendre, quand même il eût été disposé à leur donner des éclaircissements ou en état de les leur communiquer. Tous étaient bien sûrs que leur maîtresse était tombée dans une embuscade dressée par Dafyd le Borgne, voleur redouté de l’époque, qui avait tenté cette entreprise hardie dans l’espoir d’obtenir une forte rançon d’Éveline captive, et tous, outrés de son audace et de son insolence extrême, dévouèrent sa tête et ses membres aux aigles et aux corbeaux.

Tels furent les détails que les serviteurs de Flammock et de Damien recueillirent en comparant leurs observations réciproques sur les incidents de la journée. Comme ils revenaient par l’étang Rouge, ils furent joints par dame Gillian qui, après bien des exclamations de joie sur la délivrance inattendue de sa maîtresse, et de chagrin sur le malheur de Damien, apprit aux soldats que le marchand dont les faucons avaient été la cause principale de ces aventures, avait été fait prisonnier par deux ou trois Gallois en retraite, et qu’elle-même et Raoul blessé auraient partagé le même sort s’il y avait eu des chevaux pour les emmener ; mais qu’ils ne crurent pas Raoul digne d’une rançon ou de la peine d’être tué. L’un avait en effet lancé une pierre contre lui, tandis qu’il était étendu sur la colline, mais heureusement, comme disait sa femme, elle ne l’atteignit pas : « Ce n’était qu’un petit garçon qui l’avait jetée, ajouta-t-elle. Il y avait un grand gaillard parmi eux ; s’il avait essayé, il est probable qu’avec la grâce de