Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/249

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térieur. Il est probable que les bandits ignoraient le peu de troupes que Damien avait, et en même temps qu’ils se doutaient qu’on les poursuivrait vigoureusement ; ces circonstances probablement engagèrent leur chef à adopter le singulier expédient de cacher Éveline dans le tombeau, tandis qu’un des leurs, revêtu de ses vêtements, servirait à tromper ses défenseurs et à les éloigner du lieu où elle était réellement cachée, et où sans doute leur intention était de revenir quand ils ne seraient plus poursuivis.

Effectivement les voleurs s’étaient déjà rangés devant le tombeau afin de faire une retraite régulière jusqu’à ce qu’ils trouvassent quelque place convenable, soit pour s’y arrêter, soit pour quitter leurs chevaux s’ils étaient vaincus, et se sauver sur les rochers pour éviter l’attaque de la cavalerie normande. Leur plan avait été dérangé par l’empressement de Damien qui, voyant, à ce qu’il croyait, les plumes et le manteau de lady Éveline à l’arrière-garde des bandits, les chargea sans considérer la différence du nombre ou la légèreté de son armure qui, ne consistant qu’en un casque et un surtout de buffle, ne pouvait offrir qu’une résistance imparfaite aux couteaux et aux glaives des Gallois. Il fut donc blessé grièvement dans l’attaque, et aurait été tué sans les efforts de ses soldats et les craintes de ses ennemis qui pensaient que, pendant qu’ils se battaient de front, ils pourraient être pris en queue par des gens d’Éveline, qu’ils supposaient être tous sous les armes et en mouvement. Ils se retirèrent donc, ou plutôt ils s’enfuirent, et les serviteurs de Damien les poursuivirent d’après son ordre, car, en tombant sur le champ de bataille, il les engagea à mépriser toute considération et à ne revenir que lorsqu’ils auraient sauvé la dame de Garde-Douloureuse.

Les proscrits, forts de leur connaissance des chemins et de l’activité de leurs petits chevaux gallois, firent une retraite en ordre, à l’exception de deux ou trois hommes de leur arrière-garde qui furent renversés par Damien dans son attaque furieuse. Ils lancèrent des flèches de temps en temps aux soldats, et rirent des efforts infructueux que faisaient pour les rejoindre ces guerriers lourdement armés avec leurs chevaux bardés de fer. Mais la scène changea par l’arrivée de Wilkin Flammock sur son puissant cheval de bataille, qui gravissait le passage, conduisant une troupe de cavalerie et d’infanterie. La crainte d’être interceptés fit que les brigands recoururent à leur dernier stratagème et abandonnèrent