Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/243

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tain l’avertirent qu’un des deux partis s’était retiré ; et enfin le silence se rétablit.

Éveline resta livrée aux pensées que lui inspirait sa situation pénible. La bataille était finie, et, ainsi qu’elle le présumait, ses amis étaient victorieux ; car autrement l’ennemi vainqueur serait venu la retirer de sa prison pour l’emmener captive avec lui, comme ses paroles l’en avaient menacée. Mais à quoi lui servirait le succès de ses fidèles amis et de ses serviteurs, puisqu’elle était renfermée dans une prison qui échapperait à leur observation, et qu’elle restait sous le champ de bataille pour devenir encore la proie de l’ennemi s’il se hasardait à revenir, ou bien elle allait périr dans l’obscurité et le besoin, mort aussi horrible qu’un tyran ait jamais pu en inventer pour le supplice d’un martyr ; l’infortunée ne pouvait songer à cette idée sans prier le ciel d’abréger au moins son agonie.

Dans cet instant terrible, elle se rappela son poignard, et la pensée horrible lui vint que, quand elle n’aurait plus d’espoir pour sa vie, elle aurait au moins le pouvoir de l’abréger promptement. Frémissant d’une alternative aussi affreuse, elle se demanda tout à coup si cette arme ne pourrait pas l’aider à se sauver, au lieu de terminer ses maux.

Une fois cet espoir conçu, la fille de Raymond Berenger se hâta d’en faire l’épreuve, et après bien des efforts répétés, elle réussit à changer de posture, de manière à pouvoir examiner sa prison, mais surtout le passage qui l’avait conduite dans la caverne, et par lequel elle cherchait maintenant à regagner la lumière du jour. Elle se traîna à l’extrémité, et la trouva, comme elle s’y attendait, fermée par de grosses pierres et de la terre, si bien jointes, qu’elles semblaient ôter tout espoir de fuite. L’ouvrage néanmoins avait été fait à la hâte, et la vie et la liberté étaient bien capables de stimuler les efforts. Avec son poignard elle retira la terre et l’herbe ; avec ses mains, peu accoutumées à ce travail, elle ôta plusieurs pierres, et réussit assez pour obtenir un rayon de lumière, et, ce qui n’était pas moins précieux, un air plus pur. Mais en même temps elle eut le malheur de s’assurer que, d’après la grosseur d’une énorme pierre qui fermait l’entrée du passage, il n’y avait pas à espérer qu’elle pût seule la renverser. Cependant sa situation était améliorée, elle pouvait maintenant voir, respirer, et même crier pour obtenir du secours.

Ses cris furent pendant quelque temps inutiles : le champ de