Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/235

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tranchants, et monté son gros éléphant de cheval, qu’il appelle avec raison son paresseux. Allons ! ne fronce pas le sourcil, et ne perds pas le temps à justifier ton père, puisque tu peux mieux l’employer en le prévenant de nous suivre. »

Rose se rendit au moulin, où Wilkin Flammock, à l’ordre de sa maîtresse, s’empressa de mettre son casque d’acier, son corselet, et ordonna à une demi-douzaine de ses parents et de ses serviteurs de monter à cheval. Rose resta près de lui, pour le presser et lui faire oublier ses habitudes méthodiques ; mais, malgré tous ses efforts pour le stimuler, lady Éveline avait passé le pont depuis plus d’une demi-heure quand l’escorte fut prête à la suivre.

Pendant ce temps, ne craignant aucun mal et marchant gaiement, avec le sentiment de quelqu’un qui s’échappe de prison, Éveline avançait, montée sur son coursier agile, aussi vive que l’alouette ; les plumes dont dame Gillian avait orné son chapeau dansaient au vent, et ses compagnons galopaient derrière elle avec les chiens, les carnassières, les lignes, et tout l’attirail nécessaire pour la chasse au vol. Après avoir passé la rivière, le sentier sauvage et plein d’herbes qu’ils suivaient commença à serpenter parmi de petites éminences, les unes nues et escarpées, d’autres couvertes de noisetiers, de pruniers sauvages et autres arbustes nains, et enfin descendant tout à coup, les amena au bord du ruisseau, qui, semblable à un agneau folâtre, bondissait du haut d’un rocher à l’autre, comme incertain du chemin qu’il devait parcourir.

« Ce petit ruisseau a toujours été mon favori, dame Gillian, dit Éveline, et à présent il me semble qu’il saute plus légèrement parce qu’il me revoit.

— Ah ! lady, » s’écria dame Gillian, dont la conversation en pareil cas n’allait jamais au-delà de quelques phrases d’une flatterie plate, « plus d’un beau chevalier sauterait jusqu’à la hauteur des épaules pour avoir la permission de vous voir aussi librement que ce ruisseau ! surtout maintenant que vous avez mis ce chapeau, qui par son excessive délicatesse surpasse tout ce que j’avais déjà inventé. Qu’en penses-tu, Raoul ?

— Je pense, » repartit son aimable compagnon, « que les langues des femmes sont inventées pour chasser tout le gibier hors du pays. Nous voici près de l’endroit où nous espérons réussir, ou jamais ; ainsi, je vous en prie, mon aimable amie, gardez vous-même le silence, et glissons le long du bord de l’étang, sous le vent, nos faucons prêts à être découverts pour le vol. »