Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/232

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je connais un faucon aussi bien que toi, et je ne nie que la beauté des tiens ; mais s’ils ne sont pas soigneusement élevés et instruits, j’aimerais mieux avoir un vautour sur mon perchoir, que le plus beau faucon qui ait jamais volé dans les airs.

— J’en conviens, dit le marchand ; mais si nous nous accordons pour le prix, car c’est le point principal, tu verras voler les oiseaux si tu veux, et alors tu les achèteras ou les laisseras, à ta volonté. Je veux bien ne pas être un marchand si jamais tu vois des oiseaux les battre, soit à la montée, soit à la descente.

— Voilà ce que j’appelle être raisonnable, dit Raoul, si le prix l’est aussi.

— Il le sera aussi, dit le fauconnier ; car j’en ai apporté six nichées par la faveur du bon roi Réginald de Man ; et je les ai vendus jusqu’à la dernière plume ; il ne me reste que ceux-ci : aussi, ayant vidé mes cages et rempli ma bourse, je n’ai pas envie d’être tourmenté du reste ; et si un bon garçon, et un bon juge, comme tu parais l’être, est content des faucons quand il les aura vus voler, il fera le prix lui-même.

— Va, va, dit Raoul, nous n’aimons pas les marchés d’aveugle ; si tes faucons conviennent, milady est plus à même de les payer que toi de les donner. Un besant sera-t-il un prix convenable pour la nichée ?

— Un besant, maître fauconnier ! ma foi vous n’êtes pas trop hardi ! néanmoins, doublez votre offre, et j’y réfléchirai.

— Si les faucons sont bien instruits, dit Raoul, je vous donnerai un besant et demi ; mais je veux leur voir frapper un héron avant d’être assez téméraire pour traiter avec vous.

— C’est bien, dit le marchand, et je ferai mieux d’accepter votre offre que de m’embarrasser d’eux davantage plus longtemps : car si je les portais chez les Gallois, leurs grands couteaux pourraient bien être leur payement. Voulez-vous monter à cheval tout de suite ?

— Sûrement, dit Raoul ; et quoique mars soit le meilleur mois pour la chasse du héron, il faut que je vous montre un de ces mangeurs de grenouilles si vous voulez suivre la rivière pendant un mille.

— Volontiers, sire fauconnier, dit le marchand ; mais irons-nous seuls : n’y a-t-il point de lord ou de lady dans le château qui serait flatté de voir ce combat ? je ne craindrais pas de montrer ces faucons à une comtesse.