Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/230

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une liaison capable de donner naissance à une pensée moins digne de moi à la femme ou à l’homme le plus scrupuleux. » Mais cette inconstance et cette irrésolution tendaient à amener l’image du jeune et beau Damien devant Éveline, plus souvent que son oncle ne l’aurait désiré, s’il l’avait su. Cependant elle ne se permettait pas long-temps de pareilles réflexions, sans que la pensée de sa singulière destinée vînt la rejeter dans des contemplations plus mélancoliques, d’où la vivacité de sa jeune imagination l’avait tirée momentanément.







CHAPITRE XXIII.

le fauconnier.


Le ciel est à nous. Notre faucon volera sur tel oiseau qu’il nous plaira.
Randolph.


Par une belle matinée de septembre, le vieux Raoul était occupé dans l’endroit où il gardait ses éperviers, grondant en lui-même, en examinant la condition de chaque oiseau, et accusant alternativement la négligence du sous-fauconnier, la situation du bâtiment, et le temps, et le vent, et tout ce qui l’entourait, de la destruction que l’âge et la maladie avaient faite dans la fauconnerie de Garde-Douloureuse. Pendant qu’il était au milieu de ces méditations désagréables, il en fut tiré par la voix de sa bien-aimée dame Gillian, qui se levait rarement matin et le visitait encore plus rarement quand il était dans sa sphère d’autorité : « Raoul, Raoul ! où es-tu donc, mon homme ? Il faut toujours te chercher, quand tu pourrais faire quelque chose d’avantageux pour toi ou pour moi !

— Et que veux-tu, femme ? » dit Raoul, en criant plus désagréablement que la mouette avant la pluie. « Au diable ta voix ! elle suffirait pour faire fuir chaque épervier de son perchoir.

— Des éperviers ! reprit la dame Gillian ; il est bien temps de chercher des éperviers, quand on apporte à vendre une nichée des plus beaux faucons qui aient jamais traversé un lac, un ruisseau ou une plaine.

— Des milans ! comme celle qui en apporte la nouvelle, dit Raoul.

— Non, ni de vilains hiboux, comme celui qui l’entend, reprit