Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/229

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frait quelquefois à son souvenir ; et tandis que son âme repoussait avec mépris le soupçon que, dans aucun cas, sa présence, par intervalles ou constamment, fût préjudiciable à son oncle, elle cherchait divers arguments pour le tenir toujours présent à son esprit. N’était-il pas de son devoir de penser souvent à Damien, comme le parent le plus proche, le plus aimé du connétable, et de plus, qui possédait sa confiance ? N’était-il pas son premier libérateur et son gardien actuel ? Et ne pouvait-elle pas le considérer comme un instrument employé par sa divine protectrice pour effectuer la protection qu’elle lui avait accordée dans plus d’un embarras ?

L’âme d’Éveline se révoltait contre les restrictions qui s’opposaient à leurs entrevues, comme contre quelque chose qui indiquait le soupçon et la dégradation, semblable à la réclusion forcée à laquelle elle avait entendu dire que les infidèles de l’Orient soumettaient leurs femmes : pourquoi ne connaîtrait-elle son gardien que par ses bienfaits pour elle, et par le soin qu’il prenait pour sa sûreté ? Devait-elle toujours apprendre ses sentiments par la bouche des autres, comme si l’un d’eux eût été infecté de la peste, ou de quelque autre maladie contagieuse, qui aurait pu rendre leur entrevue dangereuse ? Et s’ils se rencontraient parfois, quelle pouvait en être la suite, sinon que les soins d’un frère envers une sœur, d’un aimable et fidèle gardien envers la fiancée de son proche parent, rendraient plus supportable la réclusion mélancolique de Garde-Douloureuse pour une femme aussi jeune, et dont le caractère était naturellement gai, quoique pour le moment il fût devenu sérieux ?

Cependant ce raisonnement parut à Éveline tellement concluant, qu’elle s’était décidée plusieurs fois à communiquer sa manière de voir à Rose Flammock ; mais toutes les fois qu’elle rencontrait l’œil bleu, calme et tranquille de la jeune Flamande, et se rappelait qu’à sa fidélité inaltérable se joignait une sincérité et une franchise à toute épreuve, elle craignait d’élever des soupçons dans l’esprit de sa suivante, et sa fierté normande se révoltait à l’idée de se voir obligée de se justifier envers une autre, quand à ses yeux elle était innocente. « Que les choses restent telles qu’elles sont, dit-elle, et endurons tout l’ennui d’une vie qui pourrait si aisément devenir agréable, plutôt que de donner lieu à cette amie zélée, mais pointilleuse, de penser, dans la sévère délicatesse de ses sentiments, que je voudrais encourager