Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/222

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lante, en proportion de leur nombre, n’alla venger sur les Sarrasins les maux endurés par les Latins dans la Palestine.

Pendant ce temps, Éveline, après s’être séparée froidement de l’abbesse, dont la dignité offensée n’avait pas encore pardonné le peu de cas qu’on avait fait de son opinion, retourna vers le toit paternel, où sa maison devait être arrangée d’après l’ordre indiqué par le connétable et approuvé par elle.

Elle trouva à chaque halte les mêmes préparatifs qu’on avait faits lors de son voyage à Gloucester, et, comme avant, le pourvoyeur était invisible, quoiqu’elle n’eût pas de peine à deviner son nom ; néanmoins il semblait que le caractère de ces préparatifs était changé. Tout était préparé sur la route pour sa commodité et sa sûreté ; mais ce n’était plus cette tendre galanterie et ce goût qui annonçaient que ces égards étaient rendus à une femme jeune et belle. La fontaine la plus claire, le bosquet le plus touffu, n’étaient plus choisis pour le repas de l’après-midi ; mais c’était la maison de quelque franklin, ou une petite abbaye qui offrait l’hospitalité nécessaire. Tout semblait ordonné avec l’attention la plus stricte au rang et au décorum. On aurait dit qu’une nonne d’un ordre sévère, plutôt qu’une noble et jeune héritière, avait traversé la contrée ; et Éveline, quoique satisfaite de la délicatesse qui semblait ainsi respecter sa position, pensait quelquefois qu’il était inutile de le lui rappeler par tant d’insinuations indirectes. Elle trouvait étrange que Damien, aux soins duquel elle avait été confiée si solennellement, ne vînt même pas lui présenter ses respects. Quelque chose lui disait que des entrevues fréquentes et particulières seraient inconvenantes, même dangereuses ; mais certes les devoirs ordinaires d’un chevalier et d’un gentilhomme lui enjoignaient quelque communication personnelle avec la jeune dame qui était sous sa garde ; ne fût-ce que pour demander si elle était satisfaite et si tous ses désirs avaient été accomplis. Les seules relations qu’il y avait entre eux se faisaient au moyen d’Amelot ; le jeune page de Damien de Lacy venait matin et soir recevoir les ordres d’Éveline suivant la route et les heures de halte.

Ces formalités rendaient le retour d’Éveline ennuyeux ; et sans la société de Rose, elle se serait trouvée dans une solitude insupportable. Elle se hasarda même à faire quelques remarques sur la singulière conduite de de Lacy, qui, autorisé comme il l’était par son nouvel office, semblait craindre de l’approcher comme si elle eût été un basilic.