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CHAPITRE XXI.

le nouveau gouverneur de garde-douloureuse.


Oh ! vous avez vu la reine Mab[1].
Shakspeare. Roméo et Juliette.


Le dernier sujet qui a occupé le soir notre esprit est souvent celui qui absorbe nos pensées pendant le sommeil, quand l’imagination que les sens ne guident plus tisse une toile fantasque de toutes les idées éparses du dormeur. Il n’est donc pas étonnant que de Lacy, dans ses songes, eût quelque idée confuse de se voir identifié avec le malencontreux Mack de Cornouailles, et qu’il s’éveillât le front plus sérieux que quand il s’était couché la veille. Il gardait le silence, et paraissait enseveli dans ses pensées, tandis que son écuyer assistait à son lever avec un respect qu’on ne rend maintenant qu’aux rois. « Guarine, dit-il enfin, connaissez-vous ce Flamand robuste qu’on dit s’être si bien comporté au siège de Garde-Douloureuse ?… Un homme grand, fort, au teint hâlé.

— Certainement, milord, reprit son écuyer ; je connais Wilkin Flammock ; je l’ai vu hier.

— Vraiment ! dit le connétable ; est-ce ici, à Gloucester ?

— Assurément, mon bon lord ; il vient ici en partie pour ses marchandises, et en partie, je crois, pour voir sa fille Rose, suivante de la gracieuse lady Éveline.

— C’est un bon soldat, n’est-ce pas ?

— Comme la plupart de son espèce : un rempart dans un château, mais rien de bon sur le champ de bataille, dit l’écuyer normand.

— N’est-il pas fidèle ? continua le connétable.

— Fidèle comme la plupart des Flamands, tant que vous pouvez payer leur fidélité, » reprit Guarine, qui s’étonnait de l’intérêt extraordinaire que son maître prenait à un homme qu’il regardait comme d’un ordre inférieur. Après quelques autres questions, le connétable ordonna que le Flamand fût mandé.

Il se présenta ensuite d’autres occupations (car son prompt départ exigeait plusieurs arrangements précipités), quand, au mo-

  1. Reine des fées. a. m.