Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/210

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aux pauvres, fit dire des messes et allumer des cierges. Puis il fit une visite à l’archevêque, et reçut de lui son approbation sur la marche qu’il se proposait de suivre, avec la promesse que, d’après la puissance plénière qu’il tenait du pape, le prélat consentait, par égard pour son obéissance immédiate, à borner son séjour dans la terre sainte au terme de trois ans, à compter du moment de son départ de la Grande-Bretagne, y compris le temps nécessaire pour son retour. Enfin, ayant réussi dans le point principal, l’archevêque jugea prudent de céder toute considération inférieure à un homme du rang et du caractère du connétable, dont la bonne volonté dans l’expédition était peut-être aussi essentielle au succès que sa présence.

Enfin le connétable retourna à son pavillon, très-satisfait de la manière dont il s’était tiré de ces difficultés, qui, le matin, lui semblaient presque insurmontables ; et quand ses officiers s’assemblèrent pour le déshabiller (car les lords féodaux avaient leurs levers et leurs couchers comme les souverains), il leur distribua des gratifications, plaisanta et rit avec une gaieté qu’il n’avait jamais manifestée.

« Quant à toi, » dit-il en se tournant vers Vidal, qui, vêtu somptueusement, se tenait parmi les autres serviteurs pour offrir ses respects, « je ne te donne rien à présent ; mais reste auprès de mon lit jusqu’à ce que je sois endormi, et demain matin je récompenserai ton talent, si j’en suis content.

— Milord, dit Vidal, je suis déjà récompensé, tant par l’honneur de vous servir que par des livrées qui conviennent plutôt à un ménestrel royal qu’à un être de ma mince renommée ; mais assignez-moi un sujet, et je ferai de mon mieux, non pour solliciter de nouvelles largesses, mais en reconnaissance des faveurs passées.

— Grand merci, mon bon ami, dit le connétable ; Guarine, » ajouta-t-il en s’adressant à son écuyer, « fais poser le guet, et reste dans la tente. Couche-toi sur la peau d’ours, et dors ou écoute la musique, selon qu’il te plaira… Tu te crois juge, dit-on, en pareille chose ? »

C’était l’usage, dans ces temps peu sûrs, que quelque domestique fidèle couchât la nuit dans la tente de chaque grand baron, afin qu’en cas de danger, il ne se trouvât pas seul et sans appui. Guarine tira donc son arme, et la prenant dans sa main, s’étendit sur la terre, de manière qu’à la plus petite alarme il pouvait