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médiatement à Garde-Douloureuse avec une escorte suffisante, et qu’elles y resteraient pendant la croisade, elle avait un air de satisfaction que sa suivante n’avait pas remarqué en elle depuis bien long-temps. Elle fit éloge de la condescendance du connétable à ses désirs, et de toute sa conduite, avec une chaleur qui approchait d’un sentiment plus tendre.

« Et cependant, ma chère maîtresse, répliqua Rose, si vous voulez parler franchement, vous conviendrez, j’en suis sûre, que vous considérez cet intervalle entre votre contrat et votre mariage plutôt comme un répit que sous tout autre point de vue.

« Je l’avoue, dit Éveline, et je n’ai pas caché à milord que tels étaient mes sentiments, tout peu gracieux qu’ils paraissent. Mais c’est ma jeunesse, Rose, mon extrême jeunesse qui me fait redouter les devoirs d’épouse de de Lacy. Puis ces mauvais augures me tourmentent étrangement. Dévouée à l’infortune par une parente, presque chassée par une autre, il me semble que je suis, jusqu’à présent, une créature destinée à porter le malheur avec moi. Ces mauvais présages, et, qui plus est, l’appréhension qu’ils me causent, céderont au temps. Quand j’aurai atteint vingt ans, Rose, je serai une femme, l’esprit des Berenger sera assez fort en moi pour vaincre ces doutes et ces frayeurs de jeune fille.

— Ah ! ma bonne maîtresse, dit Rose, puissent Dieu et Notre-Dame de Garde-Douloureuse veiller sur nous ! Mais j’aurais préféré que ce contrat n’eût pas lieu, ou qu’au moins il eût été suivi de votre union.







CHAPITRE XX.

le chant.


Le roi appela tous ses hommes joyeux par un, par deux et par trois. Le maréchal d’ordinaire marchait le premier, mais cette fois il vint le dernier.
Vieille ballade.


Si lady Éveline se retira satisfaite de son entrevue avec de Lacy, la joie du connétable s’élevait à un degré que rarement il avait senti ou exprimé ; et cette joie s’accrut quand les médecins qui soignaient son neveu vinrent lui détailler sa maladie et lui promettre un prompt rétablissement.

Le connétable fit distribuer des aumônes dans les couvents et