Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/207

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monde et dont les richesses probablement n’augmenteront pas les revenus de cette maison. »

En pensant ainsi, le connétable était injuste envers l’abbesse, et il ne fit que confirmer son intention de ne point se charger de sa nièce pendant son absence. Elle était aussi désintéressée que hautaine, et la seule raison de sa colère était que son avis n’avait pas été adopté sans hésitation, quoique l’affaire regardât exclusivement le bonheur d’Éveline.

La réflexion mal placée du connétable raffermit dans la résolution qu’elle avait si précipitamment adoptée. « Veuille le ciel vous pardonner, milord, reprit-elle, votre opinion injurieuse sur ses servantes ! Il est effectivement temps, pour le salut de votre âme, que vous alliez faire pénitence dans la terre sainte, pour vos jugements téméraires. Quant à vous, ma nièce, vous ne pouvez avoir besoin de cette hospitalité, que je ne puis vous accorder sans paraître vérifier d’injustes soupçons ; mais vous avez dans la dame de Baldringham une parente aussi proche que moi, et qui peut vous ouvrir ses portes sans encourir l’indigne reproche de vouloir s’enrichir à vos dépens. »

Le connétable vit la pâleur mortelle qui couvrit les joues d’Éveline à cette proposition, et, sans connaître la cause de sa répugnance, il se hâta de la débarrasser de la crainte qu’elle paraissait éprouver. « Non, révérende mère, dit-il, puisque vous refusez si durement le soin de votre nièce, elle ne sera à charge à aucune autre de ses parentes : tant que Hugo de Lacy aura six beaux châteaux et plusieurs autres manoirs dont les foyers peuvent brûler du bois, sa fiancée n’embarrassera personne qui ne se trouvera pas honoré de sa présence ; et il me semble qu’il faudrait que je fusse bien plus pauvre que le ciel ne m’a fait, pour ne pas pouvoir lui fournir des amis et des serviteurs en assez grand nombre pour la servir, lui obéir et la protéger.

— Non, milord, » dit Éveline se remettant de l’abattement où l’avait jetée la dureté de sa parente, puisqu’un malheureux sort m’ôte la protection de la sœur de mon père, à qui je me serais confiée avec tant d’abandon, je ne demanderai asile à aucune autre parente, ni je n’accepterai celle que vous, milord, m’offrez si généreusement, puisque en agissant ainsi j’attirerais des reproches sévères et, j’en suis sûre, non mérités sur celle par qui j’aurais été forcée de choisir une demeure moins convenable. Il ne me reste, à la vérité, qu’une seule amie, mais elle est puis-