Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/20

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cursions sur les frontières du pays de Galles, où souvent ils s’emparaient de domaines considérables, sur lesquels ils construisaient des forteresses pour conserver le pays conquis. Les Bretons se vengeaient, il est vrai, de ces attaques réitérées ; mais leurs terribles incursions ne pouvaient compenser les maux auxquels ils étaient en butte ; et si, tels que les flots de la haute mer, ils s’agitaient avec bruit et furie, portant en tous lieux la dévastation, cependant dans leur retraite ils cédaient insensiblement le terrain à leurs ennemis.

Si l’union eût régné parmi les princes gallois, aussi ennemis d’eux-mêmes que des Normands, il leur eût été facile d’opposer une forte barrière aux usurpations des étrangers ; mais malheureusement, ils étaient constamment en guerre entre eux, et l’ennemi commun retirait seul tout l’avantage de leurs dissensions intestines.

La croisade que l’on prêchait alors promettait au moins quelque chose de nouveau à une nation connue surtout par ses opinions ardentes et exaltées ; aussi beaucoup de chefs répondirent à l’appel général sans avoir égard aux conséquences qui devaient en résulter pour un pays qu’ils laissaient sans défense. On vit même les plus terribles ennemis des races saxonne et normande mettre de côté leur haine contre les usurpateurs de leur pays, pour s’enrôler sous les bannières de la Croix.

Parmi eux se trouvait Gwenwyn (ou plutôt Gwenwynwer, quoique nous le désignions dans cet ouvrage d’après l’abréviation de son nom). Ce Gwenwyn continuait à exercer un droit de souveraineté précaire sur toutes les parties du Powys-Land qui n’avaient point encore été subjuguées par les Mortimer, les Guarine, les Latimer, les Fitz-Alan et autres nobles normands. Ces chefs s’étaient approprié et avaient partagé entre eux, sous divers prétextes et quelquefois sans d’autre droit que celui du plus fort, des portions considérables de cette principauté naguère étendue et indépendante qui, à l’époque où le pays de Galles fut malheureusement divisé en trois parties à la mort de Roderick Mawr, échut en partage à Merwyn, le plus jeune des enfants de ce roi. L’intrépide résolution et l’opiniâtre férocité de Gwenwyn, descendant de ce prince, l’avaient long-temps fait chérir des Tall-Men[1] ou champions du pays de Galles ; et, moins par la force naturelle de sa principauté dilapidée que par le nombre de soldats qui

  1. Expression du texte que l’on peut remplacer par celle de géants. a. m.