Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/192

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soyons punis de notre orgueil et de notre contumace par un jugement qui doive rabattre et courber cet esprit de présomption : vous savez mieux que personne si cette maladie avait attaqué votre neveu avant que vous eussiez songé à quitter la bannière de la croix. »

Hugues de Lacy se remit aussitôt, et remarqua qu’il était vrai que, jusqu’à l’instant où il pensa à s’unir à Éveline, il n’y avait eu aucune altération dans la santé de son neveu. Son silence et sa confusion n’échappèrent pas à l’adroit prélat. Il prit la main du guerrier, qui, debout devant lui, était tourmenté de l’idée que son dessein de rester chez lui, au lieu d’aller délivrer le saint sépulcre, avait été puni par la maladie qui menaçait la vie de son neveu. « Allons, dit-il, noble de Lacy, le jugement provoqué par la présomption d’un moment peut encore être détourné par la pénitence. Le méridien recula à la prière du bon roi Ezéchias… À genoux, à genoux, et ne doute pas que par la confession, la pénitence et l’absolution, tu ne puisses encore expier ta froideur pour la cause du ciel. »

Entraîné par les idées religieuses qu’on lui avait inspirées dans son enfance, et par la crainte que son retard ne fût puni par le danger de son neveu, le connétable tomba à genoux devant le prélat qu’il avait bravé si récemment ; il confessa, comme d’un péché qui méritait un profond repentir, son désir de retarder son départ pour la Palestine, et reçut patiemment, sinon avec soumission, la pénitence que lui infligea l’archevêque : elle consistait en une défense d’avancer davantage son union avec lady Éveline, avant son retour de la Palestine, où, par son vœu, il s’était engagé à rester trois ans.

« Et maintenant, noble de Lacy, dit le prélat, mon bien-aimé et bien honorable ami, ton cœur n’est-il pas plus léger depuis que tu t’es acquitté aussi noblement de ta dette envers le ciel, et que tu as purifié ton esprit sublime de ces taches d’égoïsme et de terre qui obscurcissaient sa beauté ? »

Le connétable soupira. « Mes plus heureuses pensées en ce moment, dit-il, naîtraient de la connaissance que la santé de mon neveu est améliorée.

— Ne vous désolez pas pour le noble Damien, votre valeureux parent, dit l’archevêque ; car j’espère bien que sous peu vous apprendrez sa guérison, ou que, s’il plaît à Dieu de l’appeler dans un meilleur monde, le passage sera si facile, et son arrivée à ce