Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/182

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— C’est moi, répondit de Lacy ; mais si ton message n’est pas des plus pressés, je ne puis te parler maintenant ; je suis engagé dans des affaires où il y va de la vie et de la mort.

— Je prends tout le peuple chrétien à témoin que je me suis acquitté de mon devoir, » dit l’appariteur en plaçant dans la main du connétable une bande de parchemin.

« Que signifie ceci, drôle ? » dit avec indignation le connétable ; « pour qui votre maître l’archevêque me prend-t-il, en agissant envers moi avec tant de discourtoisie, en me citant à comparaître devant lui, plus comme un coupable que comme un ami ou un noble.

« Mon gracieux lord, reprit l’appariteur, ne doit rendre compte qu’à notre saint père le pape de l’exercice du pouvoir qui lui est confié par les canons de l’Église. « La réponse de votre Seigneurie à ma citation ?

— L’archevêque est-il en cette ville ? » demanda le connétable, après un moment de réflexion. « Je n’avais pas connaissance de son intention de se rendre ici, encore moins de son projet d’exercer son autorité dans ces lieux.

— Mon gracieux lord l’archevêque, dit l’appariteur, vient d’arriver en cette ville, dont il est métropolitain ; et, d’ailleurs, par sa commission apostolique de légat à latere, il a juridiction plénière dans toute l’Angleterre, comme pourraient bien s’en apercevoir quelque soit leur rang tous ceux qui oseraient désobéir à ses ordres.

— Écoute-moi, drôle, » dit le connétable en regardant l’appariteur avec colère : « si ce n’était pas certain respect, avec lequel je te promets que ton capuchon crasseux n’a rien à démêler, il aurait mieux valu pour toi avaler ta citation, le cachet et tout, que de me la remettre en y ajoutant tes impertinences. Pars d’ici, et va dire à ton maître que je le verrai dans une heure ; dans ce moment je dois aller visiter un parent malade. »

L’appariteur quitta l’appartement d’une façon un peu plus humble qu’il n’y était entré, laissant les convives assemblés se regarder en silence d’un air déconcerté.

Le lecteur doit se rappeler combien était pesant le joug que la suprématie romaine imposait au clergé et aux laïques de l’Angleterre, sous le règne de Henri II, jusqu’à la tentative que fit ce sage et courageux monarque pour affermir l’indépendance de son trône, dans l’affaire mémorable de Thomas Becket, qui eut un