Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/170

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pour moi il y va presque de la vie ou de la mort. Ma position est telle, qu’une marque prononcée de négligence et de mépris, ainsi que serait celle qui résulterait de mon bannissement de cette assemblée de famille, sera considérée comme le signal de mon expulsion de la maison des de Lacy, signal attendu par mille avides créanciers pour me traiter sans pitié, ou avec égard, car le moindre signe de protection de la part de mon puissant parent contraindrait ces lâches à se tenir à l’écart… Mais pourquoi abuser ainsi de vos moments ?… Adieu, madame ; soyez heureuse, et ne me jugez pas avec trop de sévérité, pour avoir pendant quelques minutes interrompu le cours de vos heureuses pensées, en attirant votre attention sur mes malheurs.

— Arrêtez, monsieur, » dit Éveline touchée du ton et des malheurs du noble suppliant ; « il ne sera pas dit que vous ayez communiqué vos malheurs à Éveline sans en recevoir tous les secours qui sont en son pouvoir. Je ferai part de votre demande au connétable de Chester.

— Il faut faire plus, si vous avez réellement envie de me secourir, dit Randal ; il faut que ma requête devienne la vôtre. Vous ne savez pas, « poursuivit-il en fixant sur elle un regard expressif, « vous ne savez pas combien il est difficile de faire changer de dessein à un de Lacy ; d’ici à un an, vous connaîtrez probablement combien sont inflexibles leurs résolutions ; mais en ce moment comment pourrait-il résister à un désir que vous daigneriez exprimer ?

— Si votre demande vous est refusée, monsieur, répondit Éveline, ce ne sera pas faute de l’avoir appuyée par mes paroles, et d’avoir fait des vœux pour son succès ; mais vous devez savoir que l’issue dépend entièrement du connétable. »

Randal de Lacy prit congé avec le même profond respect qui avait marqué son entrée ; seulement, au lieu de baiser le bord du voile d’Éveline, il lui rendit cet hommage en appuyant ses lèvres sur sa main. Elle le vit partir avec un mélange d’émotions où la pitié dominait, quoique dans les plaintes qu’il avait faites de la dureté du connétable, il se fût glissé quelque chose d’offensant ; et il lui sembla que l’aveu de ses folies et de ses excès était dicté plutôt par un sentiment d’orgueil blessé que parmi véritable repentir.

Lorsque Éveline revit le connétable, elle lui fit part de la visite