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planètes. Elle pensait que ses talents, tous faibles qu’ils étaient, ne seraient peut-être pas inutiles à Damien, qu’elle regardait déjà comme un libérateur et un ami, et qui allait bientôt devenir son proche parent.

Ce fut donc avec un plaisir mêlé de confusion, sans doute causée par l’idée de jouer le rôle de médecin auprès d’un si jeune malade, qu’un soir, pendant que tout le couvent était assemblé pour quelques affaires du chapitre, elle entendit Gillian lui annoncer que le parent du connétable désirait lui parler. Elle revêtit à la hâte le voile qu’elle devait porter, conformément aux règles de la maison, et s’empressa de descendre dans le parloir, en commandant à Gillian de la suivre ; en quoi celle-ci ne jugea pas à propos de lui obéir.

Quand elle entra dans l’appartement, un homme qu’elle n’avait jamais vu s’avança vers elle, fléchit un genou, et, prenant le bord de son voile, le baisa avec l’air du plus profond respect. Elle recula, surprise et alarmée, quoique l’extérieur de l’étranger n’eût rien qui dût l’effrayer. Il paraissait avoir environ trente ans ; sa taille était élevée et noble, mais annonçait le dépérissement ; sur sa figure, la maladie, et peut-être l’abus des plaisirs, avaient hâté les traces de l’âge. Ses manières étaient polies et respectueuses. Il remarqua la surprise d’Éveline, et dit d’un ton mêlé de fierté et d’émotion : « Je crains de m’être mépris, et que ma visite ne vous soit importune et désagréable.

— Levez-vous, monsieur, répondit Éveline, et veuillez m’apprendre votre nom et le sujet qui vous amène. On m’avait dit qu’un parent du connétable de Chester me demandait.

— Et vous vous attendiez à voir le jeune Damien, répondit l’étranger ; mais l’union dont le bruit retentit dans toute l’Angleterre va vous allier à d’autres membres de cette maison, et entre autres au malheureux Randal de Lacy. Peut-être, continua-t-il, la belle Éveline Berenger n’a-t-elle pas entendu prononcer ce nom par un parent plus heureux, plus heureux sous tous les rapports, mais surtout dans la perspective qui lui est en ce moment offerte. »

Ce compliment fut accompagné d’un profond salut, et Éveline se trouva fort embarrassée de répondre à ses politesses, car quoiqu’elle se rappelât bien avoir entendu le connétable prononcer le nom de ce Randal en parlant de sa famille, c’était dans des termes qui semblaient annoncer que la bonne intelligence était loin de ré-