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dépenses générales de l’expédition, et de mettre à la disposition des croisés les navires tout équipés qu’il avait fait préparer, et qui l’attendaient pour mettre à la voile.

Cependant, malgré ses offres, le connétable ne pouvait se dissimuler qu’elles seraient loin de remplir l’attente du sévère prélat Baudouin, qui, ayant lui-même prêché la croisade et décidé le connétable et plusieurs autres à s’y engager, verrait avec déplaisir l’œuvre de son éloquence compromise par la retraite d’un auxiliaire aussi puissant : ce fut donc dans le but d’adoucir autant que possible son mécontentement, que le connétable offrit à l’archevêque, dans le cas où il obtiendrait la permission de rester en Angleterre, de mettre à la tête de ses troupes son neveu Damien de Lacy, déjà renommé par ses premiers faits de chevalerie, l’espoir actuel de sa maison, dont il deviendrait le chef et l’appui s’il venait à mourir sans héritiers.

Le connétable adopta le moyen le plus prudent de communiquer ces propositions à l’archevêque Baudouin, en ayant recours à l’entremise d’un ami sur les bons offices duquel il pouvait compter, et qui était réputé en grand crédit auprès du prélat, mais, malgré tout ce que ces propositions avaient de brillant, le prélat garda un sombre silence, et promit d’y répondre dans une conférence qu’il aurait avec le connétable de Chester à un jour marqué, quand les affaires de l’Église demanderaient sa présence dans la ville de Gloucester. Le rapport que fit au connétable le médiateur de cette affaire, lui fit prévoir qu’il aurait à lutter puissamment contre cet orgueilleux et puissant ecclésiastique ; mais, non moins orgueilleux et non moins puissant que lui, et de plus soutenu par la faveur de son souverain, il espéra remporter la victoire.

La nécessité d’arranger cette affaire, aussi bien que la perte récente d’Éveline, donnaient un air de mystère aux soins que de Lacy lui rendait, et l’empêchaient de signaler ses sentiments par des tournois et autres jeux militaires dans lesquels il aurait désiré déployer son adresse aux yeux de sa maîtresse. Les règles du couvent ne lui permettaient pas de lui donner des fêtes animées par la musique ou la danse, ou même par d’autres amusements plus tranquilles ; et quoique le connétable témoignât son affection pour sa belle fiancée en lui faisant, ainsi qu’aux femmes de sa suite, les dons les plus brillants, cependant cette affaire, selon dame Gillian, ressemblait plutôt à la marche d’un convoi qu’aux pas joyeux d’une noce.