Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/156

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— Si je ne vante pas leur mérite avec autant d’exaltation que si le même sang coulait dans mes veines, dit Rose, je n’en suis pas moins charmée de les voir autour de nous dans des bois qui, dit-on, offrent beaucoup de dangers ; j’avoue aussi que j’ai le cœur plus léger depuis que je ne vois plus cette antique maison où nous avons passé une nuit si désagréable, et dont le souvenir me sera toujours odieux. »

Éveline la regarda d’un air pénétrant : « Avoue la vérité, Rose ; tu donnerais volontiers ta plus belle robe pour savoir mon horrible aventure.

— C’est avouer seulement que je suis femme, répondit Rose ; mais quand je serais homme, je crois bien que la différence de sexe ne diminuerait pas beaucoup la curiosité.

— Tu ne fais pas parade des autres sentiments qui t’inspirent le désir de connaître mon sort, dit Éveline ; mais, chère Rose, ils ne te font pas moins d’honneur dans mon esprit. Crois-moi, tu sauras tout ; mais je crains de n’être pas encore en état de te le raconter.

— Quand ce sera votre bon plaisir, dit Rose ; et cependant il me semble qu’en renfermant dans votre sein un secret si terrible, le poids en sera plus insupportable. Vous pouvez compter sur mon silence comme sur celui de l’image sacrée au pied de laquelle nous déposons le secret de notre confession. D’ailleurs, en parlant de choses semblables, l’imagination s’y accoutume, et l’habitude de s’en occuper dissipe peu à peu toutes leurs terreurs.

— Tu as raison, ma prudente Rose, et assurément au milieu de cette troupe de braves, portée par mon bon palefroi Iseulte, comme une fleur sur son buisson, rafraîchie par le vent du matin, voyant la fleur s’entr’ouvrir, entendant les oiseaux gazouiller, et t’ayant à mon côté, ma fidèle Rose ; assurément, dis-je, je dois sentir que nul moment ne peut être plus favorable pour te communiquer ce que tu as droit de savoir… Eh bien oui ! tu sauras tout !… Tu connais sans doute ce que les Saxons de ce pays appellent un Barh-Gheist.

— Pardon, Milady, répondit Rose ; mais mon père m’a toujours défendu d’écouter de tels récits. Il disait que je verrais assez de mauvais esprits dans le monde, sans que mon imagination apprît à en former de fantastiques. J’ai entendu le mot de Barh-Gheist prononcé par Gillian et d’autres Saxons ; mais il ne renferme pour moi qu’une idée vague de terreur dont je n’ai jamais demandé ni reçu l’explication.