Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/144

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voix basse, mais pénétrante : « l’habitant de cette chambre ne les craint pas. Adieu ! tu as voulu le danger auquel tu t’exposes ; que ton imprudence retombe sur ta tête. »

Elle partit, laissant Rose vivement agitée de ce qui venait de se passer et un peu troublée de ses derniers mots. Ces Saxons, » dit la jeune fille en elle-même, « ne sont après tout qu’à demi convertis, et conservent leurs anciens rites infernaux dans le culte qu’ils rendent aux esprits élémentaires. Leurs saints même diffèrent de ceux des autres pays chrétiens, et ont quelque chose de sauvage et de diabolique. C’est effrayant d’être seule ici… et il règne un silence de mort dans cet appartement où ma maîtresse a été entraînée d’une manière si étrange. Appellerai-je Gillian ? mais non… elle n’a ni assez déraison ni assez de courage pour m’être utile… Il vaut encore mieux être seule que d’avoir une compagne sur laquelle je ne pourrais compter. Je vais voir si les Normands sont à leur poste, puisque je n’ai d’espoir qu’en eux s’il arrivait quelque chose. »

Après cette réflexion, Rose Flammock s’approcha de la croisée du cabinet, afin de s’assurer de la vigilance des sentinelles, et de reconnaître le poste qu’elles avaient choisi. La lune, qui était dans son plein, lui permit de voir le terrain qui entourait la maison. D’abord elle fut surprise peu agréablement en s’apercevant qu’au lieu d’être aussi près de terre qu’elle le croyait, les croisées qui éclairaient les deux premières chambres et le mystérieux appartement donnaient sur un ancien fossé. Cependant ce fossé, qui avait autrefois servi de défense, paraissait négligé depuis long-temps, et le fond était comblé en plusieurs endroits par des broussailles et des arbres dont les branches s’étendaient le long du mur de la maison, et au moyen desquelles il lui parut facile d’escalader les fenêtres et de pénétrer dans l’intérieur. La plaine qui s’étendait au-delà du fossé était découverte, et les rayons de la lune reposaient sur le beau gazon dont elle était revêtue, où se dessinaient les ombres prolongées des arbres et des tourelles de la maison. Au-delà de cette esplanade s’élevait une vaste forêt ; sur les lisières étaient épars de gigantesques chênes, semblables à des guerriers qui s’avancent à quelque distance de leur ligne de bataille pour défier l’ennemi.

Le calme profond qui accompagnait la beauté de cette nuit, le repos et le silence qui régnaient, et les réflexions sages qu’elle fit naître dans l’esprit de Rose, apaisèrent un peu les craintes