Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/142

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tes, » et elle montra les lits qui avaient été préparés pour Rose et dame Gillian. « Quant à nous, ajouta-t-elle, nous allons plus loin. »

Elle prit alors une torche des mains des suivantes, qui toutes deux paraissaient tremblantes d’effroi. Cet effroi fut contagieux pour la dame Gillian, quoique probablement elle n’en connût pas la cause. Mais Rose Flammock, sans ordre ni hésitation, suivit sa maîtresse, que Berwine fit passer par un guichet garni de gros clous, et qui la conduisit dans une espèce d’antichambre plus petite, au bout de laquelle était une porte semblable. Ce cabinet avait aussi sa fenêtre tapissée d’arbres verts, et, comme dans la première chambre, les rayons de la lune y pénétraient faiblement.

Berwine s’arrêta là, et, montrant Rose, dit à Éveline : « Pourquoi nous suit-elle ?

— Pour partager le danger de ma maîtresse, quel qu’il soit, » répondit Rose avec sa promptitude et son courage ordinaire. « Parlez, ma chère maîtresse, » dit-elle en saisissant la main d’Éveline : « vous n’aurez pas le cœur d’éloigner de vous votre pauvre Rose ? Si j’ai l’âme moins élevée que les descendants de votre célèbre race, je ne manque ni de courage ni de vivacité pour rendre service… Vous tremblez comme la feuille… N’entrez pas dans cette chambre… Ne vous laissez pas effrayer par tous ces préparatifs de cérémonies mystérieuses. Moquez-vous de cette superstition antique, et qui, je crois, est à demi païenne.

— Il faut que lady Éveline entre, jeune fille, » reprit Berwine d’un ton sévère, « et qu’elle entre sans conseillère ni compagne mal apprise.

— Il faut ! il faut ! répéta Rose ; est-ce là le langage qu’on doit adresser à une fille noble et libre… Chère maîtresse, faites-moi seulement comprendre vos désirs par un seul mot, et nous verrons ce que deviendra cet il faut ; j’appellerai de la croisée les cavaliers normands, et je leur dirai qu’au lieu d’un toit hospitalier nous avons trouvé un repaire de sorcières.

— Silence, folle ! » dit Berwine dont la voix était tremblante de crainte et de colère, « vous ne savez pas qui habite cette chambre.

— Je vais appeler des gens qui le sauront bientôt, » dit Rose en s’élançant à la croisée ; mais Éveline, lui saisissant le bras, l’arrêta.