Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/125

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





CHAPITRE XIII.

la vieille tante saxonne.


On se rouille dans un long repos ; le plaisir naît du changement ; trop de confiance est dangereux : levons-nous et commençons nos courses.
Vieille chanson.


Le lendemain matin de bonne heure, un noble cortège, sur lequel à la vérité, le deuil des principaux personnages jetait une teinte de tristesse, quitta le château de Garde-Douloureuse, qui venait d’être le théâtre d’événements si remarquables.

Le soleil commençait à pomper les larges gouttes de rosée qui étaient tombées pendant la nuit, et à dissiper les vapeurs grisâtres qui tourbillonnaient autour des tourelles et des remparts, lorsque Wilkin Flammock, accompagné de six archers à cheval et d’autant de lanciers à pied, sortit de la grande porte gothique voûtée et traversa le pont-levis. Après cette avant-garde venaient quatre serviteurs de la famille, bien montés, et après eux un nombre égal de femmes au service de la maison, et vêtues de deuil. Venait ensuite la jeune lady Éveline, qui occupait le centre de cette petite cavalcade, et dont la longue robe noire formait un contraste frappant avec l’extrême blancheur de son palefroi. À côté d’elle, montée sur un genêt d’Espagne, don de son tendre père, qui se l’était procuré à grand prix, et qui aurait donné la moitié de son bien pour contenter sa fille, était Rose Flammock, cette jeune fille aux manières enfantines, qui réunissait à la timidité de la jeunesse une sensibilité vive et du jugement dans sa manière de penser et d’agir. Dame Marguerite suivait, escortée par le père Aldrovand, dont elle recherchait la compagnie ; car Marguerite affectait la dévotion ; et l’influence qu’elle possédait dans la famille en qualité de nourrice d’Éveline était assez grande pour la rendre digne de tenir compagnie au chapelain, quand sa jeune maîtresse pouvait se dispenser de sa présence. Venaient ensuite le vieux piqueur, Raoul, sa femme, et deux ou trois autres domestiques de la maison de Raymond Berenger. L’intendant, avec sa chaîne d’or, sa veste de velours et sa baguette blanche, conduisait l’arrière-garde, composée d’une petite troupe d’archers et de quatre hommes d’armes. Les gardes, et même une grande partie de la suite, n’étaient destinés qu’à donner plus de pompe et d’éclat à la