Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/12

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grand poëme historique en vingt livres, accompagné de notes proportionnées à la longueur de l’ouvrage ? »

Le président, qui paraissait souffrir beaucoup de cette discussion, prit alors un ton de dignité et de détermination. « Messieurs, dit-il, cette sorte de discussion est vraiment irrégulière : je dois diriger votre attention sur la question qui vous a été posée. Permettez-moi de vous rappeler que la priorité de publication appartient toujours au comité de critique, dont la détermination dans de telles circonstances est sans appel. Je vous déclare, messieurs, que je quitterai le fauteuil si l’on se livre encore à des discussions étrangères au but que nous nous proposons. Et maintenant que l’ordre est rétabli, je désirerais que quelque membre parlât sur la question qui consiste à savoir si, étant associés pour un commerce de récits fictifs en prose et en vers, nous ne devons pas être incorporés par acte du parlement ? Que pensez-vous de cette proposition, messieurs ? Vis unita fortior[1], est un adage vieux, mais plein de vérité.

Societas, mater discordiarum[2], est un brocard tout aussi ancien et tout aussi véritable, » dit Oldbuck, qui en cette occasion semblait résolu à se déclarer contre toute proposition appuyée par le président.

« Allons, Monkbarns, » dit le président d’un ton insinuant, « vous avez étudié à fond les institutions monastiques, et vous savez qu’il faut union de personnes et de talents pour faire quelque chose de recommandable et acquérir une certaine influence sur l’esprit du siècle. Tres faciunt capitulum, trois moines sont nécessaires pour former le chapitre d’un couvent.

— Et neuf tailleurs pour faire un homme, » répondit Oldbuck, ne se désistant point de son esprit d’opposition, ma citation est aussi juste que l’autre.

— Allons, allons, dit le président, vous savez que le prince d’Orange disait à M. Seymour : « Sans association, nous sommes une corde de sable[3]. »

— Je sais, dit Oldbuck, qu’il eût été plus à propos en cette occasion de ne point rappeler l’ancienne querelle, quoique cependant vous soyez auteur d’un roman jacobite. Je ne connais rien qui

  1. Mot à mot, la force unie rend plus fort. a. m.
  2. Société, mère des discordes. a. m.
  3. Without an association, we are a rope of sand, la force se fortifie par l’union. a. m.