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— Votre Seigneurie, dit Éveline, a noblement vengé son digne ami.

— Je n’ai fait que mon devoir, milady, en défendant comme chevalier une femme dont les jours étaient en péril, en protégeant comme seigneur les frontières attaquées, et, comme ami, en vengeant un ami. Mais je reviens au fait. Mon antique et noble race est sur le point de s’éteindre, car je ne parle point de Randal Lacy, mon parent éloigné : je ne connais en lui rien de bon, ou rien qui puisse faire espérer quelque chose de bon : il y a quelques années d’ailleurs que nous sommes brouillés. Mon neveu, Damien, promet de se montrer digne rejeton de notre antique race ; mais il n’a pas encore vingt ans, et doit parcourir une longue carrière d’aventures et de périls avant de remplir honorablement les devoirs de la vie domestique et ceux d’une union conjugale. Sa mère est Anglaise ; circonstance fâcheuse peut-être pour l’écusson de ses armes : cependant, s’il avait dix ans de plus et s’il était reçu chevalier, j’aurais demandé que Damien de Lacy jouît du bonheur auquel j’aspire.

— Vous, vous, milord ! c’est impossible ! » dit Éveline s’efforçant de réprimer tout ce qu’il pouvait y avoir d’offensif dans l’étonnement qu’elle n’avait pu s’empêcher de manifester.

« La surprise que vous cause cette proposition téméraire ne m’étonne nullement, » répliqua le connétable avec calme ; car la glace était rompue, il avait repris son sang-froid ordinaire. « Je ne suis pas doué d’un extérieur agréable aux yeux d’une dame, et j’ai oublié, si toutefois je les connus, les phrases et les expressions que ses oreilles aiment à entendre ; mais, noble Éveline, l’épouse de Hugo de Lacy sera par son rang une des premières dames de l’Angleterre.

— Alors, dit Éveline, celle à qui un honneur si insigne est réservé doit examiner jusqu’à quel point elle peut remplir les devoirs importants qui lui sont imposés.

— De ce côté, je ne crains rien, répliqua de Lacy. Celle qui a été une fille si accomplie ne saurait être moins estimable dans les autres devoirs qu’elle aurait à remplir.

— Je n’ai pas en moi une telle confiance, milord, vous vous abusez à mon égard, » répliqua la jeune orpheline avec embarras. « Et je… Mais veuillez me pardonner et m’accorder le temps pour me recueillir ; je ne puis me décider immédiatement.

— Votre père, milady, avait cette union fort à cœur. Cet écrit