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— Écoutez, » répondit la complaisante dame, « si nos Anglais sont de garde, demandez seulement mistress Gillian, et tous à la fois s’empresseront de vous ouvrir le guichet ; car nous autres Anglais nous nous liguons, ne serait-ce que pour dépiter les Normands. Mais si les Normands sont de garde, demandez le vieux Raoul, et dites que vous venez lui parler pour des chiens et des faucons que vous avez à vendre ; et je vous garantis que de cette manière vous parviendrez à me parler. Si la sentinelle est flamande, vous n’avez qu’à dire que vous êtes marchand, et elle vous laissera passer par amour pour le commerce. »

Le marchand lui réitéra ses remercîments, et la quitta pour se mêler aux autres spectateurs, la laissant se féliciter du gain d’une couple de florins pour avoir donné cours à son humeur bavarde, ce que dans d’autres circonstances elle avait quelquefois payé si cher.

Le son de la grosse cloche du château avait cessé de se faire entendre : ce silence annonçait que le corps du noble Raymond Berenger avait été descendu dans le caveau où reposaient ses pères. Les personnes qui appartenaient à l’armée de Lacy se rendirent alors dans la salle du château, où elles prirent, avec modération toutefois quelques mets et rafraîchissements qu’on leur offrit. Après quoi elles quittèrent le château, ayant à leur tête le jeune Damien, et marchant comme elles étaient venues d’un pas lent et lugubre. Les moines restèrent au château, afin de chanter des services pour le repos de l’âme du défunt et de ceux de ses hommes d’armes qui avaient perdu la vie à ses côtés, et qui avaient été tellement mutilés pendant et après le combat, qu’il était à peine possible de reconnaître les morts ; car autrement le corps de Denis Morolt eût obtenu les honneurs de funérailles particulières, récompense digne de sa fidélité.







CHAPITRE XI.

l’entrevue d’éveline et du connétable.


Les mets préparés pour les funérailles seront servis indifféremment sur la table de mariage.
Shakspeare, Hamlet.


Les cérémonies religieuses qui suivirent les funérailles de Raymond Berenger durèrent six jours sans interruption ; pendant ce